Moi et ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for août, 2011

Chronique de supermarché

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Un twittos éclairé a souligné avec justesse que les meilleures critiques littéraires doivent sans doute être les gardiens de parking car ils passent leur journée à bouquiner. Dans le même ordre d’idée, je pense que les plus grands sociologues sont les caissières de supermarché car elles passent leur journée en contact avec une grande quantité de gens différents. Elles croisent ainsi toutes sortes de caractères et de richesses, financières ou de cœur. Passer sa journée à recevoir des sous pour un plus grand patron peut alors relever de l’observation anthropologique. Enfin, ce serait le cas, si ce travail n’était pas à la longue si abrutissant.

- Bonjour madame. Vous avez la carte Delabaise ?

Comme tout bon étudiant en journalisme, cette manne d’informations sociologiques a attiré mon attention. C’est pourquoi, en bon descendant de Hunter S. Thompson, je me suis dit que ce serait une très bonne idée de passer deux semaines dans la peau d’une caissière. (Comment ça, je fais ce job d’étudiant pour me faire un peu d’argent ? Non mais ça va pas ou quoi ? Tu me prends pour qui ?)
1. Ça me permettra de comprendre comment l’usure quotidienne de ce job transforme quelqu’un de normal en une espèce de robot acariâtre et désabusé. La plupart des caissières que j’ai rencontrées, dans une relation client-esclave, étaient du genre apathique et dénuée de volonté.
2. Essayer d’observer un peu la faune qui vient chasser la promotion.

Bip, bip, bip…

L’humain, toujours enclin à manifester une dualité extrême dans ses actes, fait preuve dans ses relations avec ses congénères d’attentions très particulières. D’un côté, il s’évertue à faire un robot qui ressemble le plus possible à l’humain. Voix check, physique check, motricité +- check avec +- d’avantage, mais là où il bute c’est la conscience. Il arrive à mettre en place certains algorithmes qui permettent de réagir à nos conversations, mais on est encore très loin d’un échange de paroles humainement normal (oui l’association de ces deux mots est un peu étrange mais je propose au lecteur de faire comme si c’était normal). De l’autre côté, il (le grand méchant loup pour ne pas le nommer) parvient à transformer les humains en robot à l’aide de métiers répétitifs et usants. C’était une psychose très en vogue dans les années 70, si je ne m’abuse. Le monde dépassé par sa propre création devient l’esclave des machines.

Bip, bip, … tuuut.

Chez Delabaise, comme dans tout plein d’autres sociétés ne visant que le profit, il n’est pas étonnant que l’on veuille transformer les humains en machines, quand on ne peut directement les remplacer par une machine. Ce cher Ford à bien réussi à implanter sa notion du travail. La productivité au mépris du sentiment. Pour l’être vide et informe que représente mon ectoplasme sanguin, je parviens à m’accommoder car si ce n’était le cas, ce serait Ta gueule- T’es viré. Après une journée, on ressent la fatigue mais on est encore loin de se lever avec un shotgun pour abattre méthodiquement chaque humanoïde qui se pointe avec une pile de margarine allégée sans sel. Je me demande juste après combien de jours je vais me mettre à parler comme Existor.

- ça fait 140 euros, s’il vous plaît. Vous payez par Bancontact ?

Pour l’instant, la seule chose qui m’a réellement frappé, ce sont les bananes. Vous voyez, ce fruit jaune et sans jus entouré d’une grosse peau douce ? Non ? Je vous explique : « La banane est un long fruit légèrement incurvé, souvent regroupé sur le bananier en grappes nommées « régimes ». La banane possède une peau de couleur jaune ou verte facile à détacher. »  [Merci Wikipédia !] Cette peau sert à protéger le fruit, tout comme on peut l’observer sur les oranges, les pamplemousses, les avocats, etc. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle les emballages de ces dits fruits sont généralement un mince filet en plastique, ne servant qu’à les garder ensemble et n’assurant aucune protection. Les bananes, qui viennent par régime, sont maintenues ensemble par la queue [?]. Elles ne nécessitent aucun emballage, la peau du fruit étant un emballage, surtout quand celui-ci est produit par une marque qui se veut équitable (huhu, ce mot est hilarant tellement il semble surréaliste).

Papa, c'est quoi un écolo?

- Voilà madame. Vous avez droit à un schtroumpf. Bonne journée !

Written by gringoteq

août 30th, 2011 at 10:42

Apologie du blog perso

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Difficile de faire des choix lorsqu’on est jeune. Trouver la motivation suffisante pour se lancer dans quelque chose a parfois l’allure d’un Everest à escalader sans oxygène. Des phrases sont répétées à tout moment : tout a déjà été fait, nous sommes trop sur terre.

Faire un choix de vie, c’est faire le choix d’exister d’une façon particulière. Exister, nous le faisons essentiellement au travers du regard des autres. Ce sont nos différences qui nous définissent. Mais dans un monde où faire quelque chose revient à vider sa bouteille d’Evian dans l’océan, il est extrêmement difficile de se faire remarquer. Comme tout a déjà été fait, autant se transformer en vivant passif, puisque le mode actif passera de toute façon inaperçu.

Caspar David Friedrich, Voyageur au-dessus de la mer de nuages, 1818.

Par exemple, écrire un texte comme celui-ci relève de l’actif. Pourtant, de tels dérapages philosophico-plaintifs ont déjà été faits des milliers de fois. Quel blogueur ne s’est jamais posé la question du pourquoi de son blog ? En général, cette question est élucidée avec le premier post, en introduction, ou dans le qui-suis-je. Une brève explication révélatrice d’une motivation passagère, d’une propension à l’écriture ou d’une volonté de partage. Mais ces créations sont toujours tributaires d’une volonté individualiste de parler de soi, d’être un élément actif dans les rouages démesurés de l’internet. Bien que rédiger un texte qui a déjà été écrit des milliers de fois  devient alors une action passive.

Quand je balade mes yeux inquisiteurs sur les blogs mode, je pouffe devant ces poufs qui fantasment sur le nouvel emballage d’une canette de Coca signé Dior, où qui nous racontent avec des étoiles dans les yeux leur voyage aux Canaries. « Avec mes bitchs, on s’est trop amusées. <3 ». Puis, je passe aux blogs geeks, et je me demande quelles passions les emmènent à retranscrire une actualité technologique que d’autres professionnels payés traitent déjà. Même chose avec les blogs culture, les sites de tunning, etc. quand je termine, je me sens blasé et un peu dégoûté. Trop d’information tue l’information. Il m’est arrivé de me demander à quoi bon tout ça. Des questions pseudo-existentielles saupoudrées de mysticisme écolo où je visualise un monde verdâtre, où les coquelicots battent des ailes, les lapins poussent dans les champs, les arbres chantent des mélopées apaisantes pendant que nous, groupe d’humains minuscules, gambadons dans les hautes herbes, les parties génitales fouettées par les intempéries.

Mais c’est une idée totalement absurde, c’est la manifestation d’un cerveau fatigué par de trop longues heures passées à fixer un écran. Car la vraie humanité, le sentiment le plus vivant, c’est celui que l’on peut lire derrière cette pléthore d’exacerbations individualistes. Ces blogs représentent le désir de chaque auteur d’être vivant, d’exister parmi la masse sans pour autant rejeter la masse. A quoi bon, de toute façon, cette masse est toujours présente, et il est incohérent de vouloir la rejeter.

Toutefois, lorsque l’un d’entre eux commence un texte larmoyant de guimauve avec un « difficile de faire des choix », ma première pensée reste « ça va être foireux ».

Et c’est souvent le cas.

Written by gringoteq

août 25th, 2011 at 2:28