Moi et ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for septembre, 2011

Couette, souffrance et expresso

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Il existe trois grands fléaux auxquels l’individu du troisième millénaire doit faire face :

- l’être humain

- le nucléaire

- le réveil-matin.

Je ne saurais dire lequel est le plus nocif, mais une chose est sure : lorsqu’ils surviennent au mauvais moment, ils font tous autant de dégâts.

Ainsi, alors que j’errais paisiblement dans les limbes du sommeil insouciant, profitant à merveille des plaisirs ressentis par le lèchement de doigts réguliers de mes vestales, jouissant tel un pharaon du spectacle offert de la danse de mes odalisques reluisantes d’huiles odoriférantes et autres myrrhes délicates, je demandai avec grâce à ce pauvre prolétaire d’origine slave ou batave, qu’importe, l’origine en elle-même est déjà suffisamment source de douleurs, d’accélérer légèrement le rythme assoupi avec lequel il secouait cette branche de palmier afin de rafraîchir mon doux faciès. Énervé par tant d’incompétence, je m’apprêtais à lui donner une raclée aussi mémorable que le ragoût de celle qui lui servait de grand-mère, cette garce dont tous mes esclaves rient encore au souvenir de ses commissures. Ainsi, je levais mon souverain postérieur lorsqu’un dégueulis électronique daigna envahir le paisible espace de ma conscience assoupie.

Quelle ne fût ma rage lorsque je m’aperçus que je n’étais qu’une simple créature, souffrant des affres du réveil matin, soumis aux intempéries de l’auto-estime, prêt à être pourfendus par les chantres de l’imbécilité : j’ai nommé les humains. Bref, dans ces ténèbres difficiles propres à l’abandon de la couette délicieuse, j’appréhendais la vie avec très peu d’entrain, hésitant à vivre ou me suicider directement pour retrouver ce monde calfeutré où mes bains ne se prennent jamais seul et où le terme de monogamie sonne comme une insulte. Mais cet espoir fut de courte durée. Un seul subsistait, celui de rencontrer la machine à café originelle.

Une fois mes ablutions achevées, je transportais mon futur cadavre vers les caddies de la STIB. Misérable pièce prête à être consommée, je m’entassais parmi les semi-vivants s’acheminant sans espoir vers le monde fade du travail répétitif. À la conscience de cet état proche du produit de lessive dont l’usage n’a de durée que le temps d’un lavage, je m’exclamais : « Mais qu’est-ce qu’il se Tram ? ». Le cynisme du pauvre n’a d’égal que son inculture. Néanmoins, c’est un sentiment que les nantis bouffis de savoir ne pourront jamais ressentir, le cynisme du démuni. Bon, bien sûr, ce sentiment paraît ridicule lorsque je trimbale mon sac d’os devant ceux pour qui le meilleur confort reste le moelleux de la pelouse baigné de pisses devant le palais royal. Mais on s’en fout, c’est moi qui souffre pour le moment.

Fort de mon égocentrisme, je m’incrustais parmi d’autres bêtes que l’on prénomme étudiants, une race qui accumule des notions pour faire plaisir à papa et ne pas troubler l’ordre établi. Des gens bien. Après avoir tenté de leur faire partager le goût de la bêtise, je me laissais happer par la main de la nicotine. Il ne fallut pas plus d’une minute pour que je passasse à tabac. Cette souffrance auto-infligée me révéla la nécessité de croiser une toilette, lieu de rencontre pour toute utilisatrice de Labello, Vivez la vie en fraise. Cette diarrhée oubliée, je fus confronté au supplice de la machine à café en panne.

Dès lors, toute tentative d’entrer en contact avec la compréhension de ce monde humain relevait d’une immense difficulté.

  1. Pourquoi la femme de la réception est-elle toujours aussi déprimée ? Est-ce ma tête ou sa condition l’oblige à supporter une vie dans la souffrance ?
  2. Pourquoi cette femme parle autant devant son tableau pour nous dire qu’elle est intelligente ?
  3. Est-ce la machine à café qui crée l’homme ou l’homme qui crée la machine à café ?

Autant de questions qui restent à ce jour sans réponse.

 

Written by gringoteq

septembre 22nd, 2011 at 7:26

…mais j’adore la lasagne !

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11 heures. Non, mais ce n’est pas possible ! Je sais bien que nous sommes un lundi. Ce n’est pas une raison pour faire des trous dans les murs à une heure pareille. Salauds d’ouvrier. Bon, puisque le mal est fait, levons-moi. Ouh, va me falloir un Dafalgan. Et une balayette, étant donné que le chat a encore profité de mon sommeil sans rêves pour détruire la vaisselle oubliée sur la table.  Qui est dégueu d’ailleurs. On dirait du vomi séché sur le bord…ce n’est qu’un peu de bolo. Bon, un café, une douche et…Putain, je vais arriver en retard si je traîne comme ça.

Enfin, l’air frais de la rue. Mouais, fait plus trop frais, les nuages se barrent et…chié, sa mère, j’ai oublié mes lunettes de soleil. Vais être obligé de plisser les yeux et discerner la réalité. Un trottoir aussi moche que la journée, avec des chiens qui promènent leur punk. Voilà à quoi on en est réduit : la vie est un trottoir nauséabond baigné de vieilles pisses dans lesquelles flottent des mégots et des chewing-gums usagés. Sale, collante, avec des cendriers en cannette. Mais pourquoi ce tram ne bouge pas un peu son gros cul métallique ? Bon, je m’en fous je vais à pied. De toute façon, avec ce système de merde, on se retrouve toujours dans la misère. Pauvres et vagabonds de caniveau. Pendant que les nantis se frottent les mains et que nous les envions de vivre une vie de papier glacé.

Et ce mal de tête qui ne veut pas partir. Trottoir, pute, hôtel, BMW, clochard, salope, tiens mon tram qui passe, si je l’avais attendu, je…il me faut absolument un coca. Le Quick, ouais. Voilà une bonne idée.

Je ne pense pas avoir choisi la bonne file. Que veulent cette tête de blond et son hippopotame de mère ? C’est bon, vous n’allez pas faire attendre tout le monde pour un jouet à la con ? Si ? Et la sœur aussi s’y met ? Vous ne voyez pas que j’ai une gueule de bois ? S’ils hésitent encore deux minutes de plus, j’écrase la tête du mioche sur le comptoir. Puis, je prends la mère par la touffe hideuse qui lui sert de cheveux et je l’enfonce dans la friteuse. Et l’apprenti prostitué qui reste là à grelotter de peur, je lui fais avaler sa figurine jusqu’à ce qu’elle s’étouffe. Aaaah, j’en peux plus, je change de file. Ça prend un peu de temps aussi…mais…mais…mais c’est une épidémie. Il y en a partout. Des gosses à perte de vue, du foutre en élevage, des gobeurs de publicité au kilomètre, des préservatifs troués qui ont choisi la planète Terre pour s’ennuyer. Monde de merde. Je m’enfuis.

De toute façon, c’était trop cher. Faire la file pour un coca hors de prix ? C’est quoi cette idée à la con. Genre je suis riche, et c’est pas la crise. Y en a marre d’entendre tout ça. Dire qu’il ya des imbéciles qui veulent la fin de l’euro, rapport au fait que c’est ça le nœud du problème. Non, mais vous avez jamais été à l’école ou quoi, bande de nationalistes résistants de mes deux. On supprime l’euro, on retourne chacun dans son pays avec sa monnaie unique. Ensuite, on referme les frontières et on se balance du gaz moutarde par e-mail. Tant qu’on y est, on peut rouvrir les chambres à gaz, ériger des croix pour y clouer les hérétiques et vivre dans des grottes en se nourrissant uniquement du fruit de la terre. A quoi bon vivre dans un monde ensemble, mondialisé et connecté ? Le mieux c’est l’esprit de la tribu. Des petits groupes paranoïaques qui défendent leur pemmican. Des imbéciles aux couleurs d’opérette prêts à détruire l’opposant pour soutenir son idéal. Putain de mal de tête.

Revoilà ce soleil brûlant et éblouissant. Voilà, je transpire maintenant. Je dégouline, je pue et cette bouseuse qui vient dans l’autre sens me fixe avec des yeux bizarres. Quoi, y a marqué attraction touristique sur ma gueule ? T’es perdue ? Je ne peux rien pour toi, petite garce. Et ce n’est pas avec un rictus pareil que tu feras tomber les gigolos gratuits. Retourne draguer sur internet.

Voilà l’ex-patron. Les clés, trois banalités, deux clients et me revoici à attendre. La vie est un trottoir nauséabond où les morts font semblant d’être vivants en file indienne. Une grande sodomie funeste. United colors of consomation. C’est bon, je me tire.

Les touristes maintenant ! Vous ne voyez pas que j’en ai marre de marcher à votre allure de mouton ? Et vous là-bas, oui, vous, le couple parfait. Toi qui es belle, et lui qui est beau. Vous ne pouvez pas avoir quelques défauts, histoire que je me sente moins con ? Et toi qui…

…qui…oh, mais c’est ma femme. Qu’elle est beeeellle !!! Flash. Reset. Je…je…je trouve le monde beau. J’adore les trottoirs avec leurs cascades dorées, leurs animaux sauvages. Les gens sont bien faits, le social est l’eldorado du sourire. Les enfants sont les arcs-en-ciel qui illuminent notre existence. La vie est un prisme technicolor sur un PowerPoint. Et ce soir, je me fais une lasagne !

 

Written by gringoteq

septembre 12th, 2011 at 5:10