Moi et Ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for novembre, 2011

V comme Verviétois

leave a comment

Après avoir passé la journée à parler de Kant et de la nécessité d’avoir une pensée libre, nous nous sommes dit que nous allions appliquer ses conseils en ne les appliquant pas. C’est-à-dire, avoir une pensée suffisamment indépendante pour ne pas mettre en pratique ce qu’un esprit fort  nous demande de faire. Pour nous sortir de ce paradoxe, nous avons décidé d’assister au concert de Christopher Bieber.

Comment ça, vous ne connaissez pas Chris Bieber ? Le sosie n°1 de Justin Bieber, belge de surcroit ? Vous avez bien raison. Déjà, le premier excelle dans la nullité. Mais le méta-Bieber surpasse son idole en pauvreté artistique. Vous me direz : c’est trop facile de critiquer un adolescent qui poursuit son rêve, il est normal de faire des erreurs lorsqu’on est débutant, d’ailleurs on devrait tous se retrouver au confessionnal pour expier nos péchés. Je le pensais aussi, avant de m’apercevoir que ce chan_putain de_teur se la pète suffisamment pour souffrir de nos sarcasmes. Quand on est fier d’avoir mauvais goût, on assume. V comme Vulnérable.

Verviers, petite bourgade sympathique où l’accent fort prononcé relève de l’ordinaire, est un lieu où il est recommandé de boire. Boire pour oublier que l’on est tous consanguins, boire pour se confondre dans la masse des étudiants. En parlant d’étudiant, pourquoi doivent-ils toujours célébrer dans des accoutrements aussi moches ? Comment peut-on être fier de porter une blouse blanche ? Ha oui, c’est vrai. C’est le futur de la société. Respect ! Comme papa, ils seront les nouveaux banquiers qui nous foutront dans la merde. Mais je m’égare. Boire pour s’apercevoir que le second degré manque cruellement chez une majeure partie de l’humanité. V pour Vain.

Arriver sur le lieu du concert, cracher ses restes de poumon, maudire les retards du métro, s’offusquer que des gens décident de se suicider quand on n’a pas le temps, se dire que de toute façon à la fin on meurt, puis rentrer. Au fond d’une friterie, une salle où les miroirs font office de mur. Christopher est sur scène, entouré de son crew en mode BG de la kermesse. Un beat binaire marque le temps d’une musique plate et sans ambitions. C’est vrai, on est dans le méta. Pourquoi innover lorsque l’on est qu’un sosie. Une fille délicieusement mineure monte sur scène, future salope dit Alberta, et captive tous les regards. V for Vagina.

Quand Chris entame son tube, je me questionne. Pourquoi suis-je là ? Pour le même délire que lorsque je regarde un nanard ? Pour conforter mon arrogance bruxelloise, me dire que nous au moins on a bon goût et on n’écoute pas de la musique de merde ? Comprendre les petits jeunes wallons dépendants des stéréotypes chemises à carreaux-mèches-casquettes ? Foutre la merde ? C’est déjà fait. Quasiment les seuls ivrognes intenables, nous avons déjà renversé nos bières, gueulé que c’était de la merde, proposé de montrer ma bite et tenté de monter sur scène. Essai infructueux repoussé non pas par le videur mais par la mère de l’artiste. Véronique a tout de même eu la chance de toucher la main du méta. V for Véro.

C’était dans l’ensemble un concert assez pitoyable. Une seule vraie chanson, le reste en playback sur du Justin. On retiendra : « Big up à Fred, le gérant de la friterie. » « Bon anniversaire à Laure, 12 ans. » Les poses avec la langue tirée parce qu’on est la génération rigolo, genre carrément dinguos. Les réactions verviétoises lorsque je leur affirmais que l’on est à l’aube d’une nouvelle civilisation, le renouveau de la société, la génération déglinguos : « T’es vraiment bête » ou « Ton polo est trop moche ».  V comme dans Vocable ?

Toutefois, la vision d’une jeune fille en pleurs, l’audition des félicitations, les regards enthousiastes des parents présents me font réaliser combien ce type est une fierté locale. V pour Verviers.

 

L'affiche dédicacée par la resta, les actrices du clip et la biche.

Written by gringoteq

novembre 26th, 2011 at 4:12

Las des ministrations

leave a comment

Où le blogueur se prend pour un écrivain.

Maigre étudiant de modeste condition, je ne suis pas un triple pléonasme mais la somme de ces trois conditions. Ces dernières m’obligent à m’embarquer dans des aventures plus que loufoques, j’ai nommé le quotidien. Le quotidien, triste buvard sur lequel s’impriment nos frasques sans espoirs, reflète quantité de détails d’un ordinaire effrayant. Soumis à ce quotidien ainsi à qu’à mes trois conditions citées plus haut, je dus, par une belle journée d’automne comme seul les Caraïbes savent le faire, transporter mon cadavre pas encore mort vers un lieu où d’autres pré-morts s’entassent. La Belgique étant ce qu’elle est, la belle journée d’automne fût bien sûr réservée aux vrais Caraïbes, nous gratifiant d’un magnifique soleil absent.

Ce lieu de la sainte béatitude et de l’attente n’était ni l’église ni le Quick mais un de ces endroits où l’on prend un ticket à l’entrée pour s’apercevoir après un certain délai que l’on s’est trompé de ticket. Ou bien, lorsqu’enfin nous sommes reçus par l’archevêque du formulaire, nous nous apercevons qu’il manque LE papier. Ou bien, que l’on n’est toujours pas dans la bonne file. Entre temps, comme je viens de l’indiquer avec l’expression en début de phrase, le temps passe. Et les cours aussi. Et les points aussi. Alors, tandis que mon regard doucement se perle sur les places numériques intouchables, tandis que mon désespoir compile mes bévues kafkaïennes, mes yeux s’absorbent dans cette masse de patients plongés dans l’attente.

Où l’écrivain fait étalage de ses difficultés avec les services administratifs.

Le cœur vaillant et l’œil endormi, il m’est arrivé de nombreuses fois d’affronter les joies de l’administration. Que ce soit pour m’inscrire dans une nouvelle école, pour m’inscrire dans la même école, pour demander un papier dans cette même école, pour redemander ce papier dans la même école ou pour vérifier que je suis réellement inscrit dans cette même école. Egalement d’autres petits tracas bénins comme la carte d’identité, le passeport, le permis de conduire et toutes ces joyeusetés qui se doublent lorsque votre nationalité l’est également. Un des traits communs à ces chinoiseries est l’attente, cet instant mortel où le chaland est confronté au néant. Sans smartphone, sans journal, sans papiers pour certain (ça devrait  tarder, inquiétez-vous), sans divertissement, le chaland ordinaire est alors aux prises avec ses réflexions. Et c’est cauchemardesque !

Non mais sérieux, on est en 2011. C’est le 21ème siècle, le troisième millénaire. On devra bientôt tous parler chinois et respirer dans des masques. Les USA ne seront qu’une grande plaine soumise aux caprices des télé-évangélistes, et quoi ? on me demande de penser ? Non mais, i mean, really ? (ça c’était juste pour faire un petit kikoo à nos amis les sociologues terrifiés par notre génération ainsi qu’aux bloggeuses modes qui utilisent souvent les mêmes expressions. La prochaine fois, je dirai : « pour ceux qui auraient vécu dans une grotte durant les quatre derniers mois, je vous conseille Moi et Ma Pomme, un blog que je viens de découvrir et qui est trop golri, hihihi !!!! »)

Où l’écrivaillon réalise qu’il n’est qu’un individu comme les autres

Bon, tout ce qui a été dit au-dessus, c’était avant mon deuxième essai. A nouveau, des ploucs dans l’escalator qui ne laissent personne passer. Ensuite, l’homme insultant sa solitude, phénomène à visiter place de Brouckère. Puis, je me trompe deux fois de porte. Enfin, j’y suis.

La salle est bondée comme pour un concert de Zaz. Ça sent le mauvais goût la tristitude. Un détail me frappe. Le contraste entre les affiches, les flyers, les publicités et la tête des gens qui attendent. Les affiches présentent l’avenir auxquels les occupants  de l’espérance aspirent.
« La vie est plus simple quand on se sent soutenu. » J’ai toujours un drôle de sentiment quand je vois une phrase qui commence avec  la vie est.
« Pensez-y puis n’y pensez plus. »

Des visages au bonheur factice nous font croire que Partena nous rendra heureux. Ici, une tête à la Justin Bieber sur un dépliant (c’est la vérité, je n’invente pas). Encore un stéréotype qui, comme tout le monde le sait, ne dépasse pas la façade creuse de l’esthétisme grégaire. Là, en couverture, une famille heureuse. On se croirait dans une pub Kinder, avant que Marc Marronnier ne pète les plombs. Face à eux, des gens qui n’osent plus lire leur journal de peur de rater leur tour. Et soudain, une pensée affreuse me chipote : et si la vie n’était qu’une salle d’attente ? Heureusement, cette phrase ne veut rien dire.

La seconde difficulté à surmonter, c’est la chaleur. Sans avoir petit-ingérer, la tête encore échevelée par la fougue de Morphée, l’œil divague et la pensée se perd. Les gens prennent des apparences étranges. Je finis par les associer à des animaux. Ici, un troupeau de blaireaux. Là, une chouette qui raconte ses déboires intestinaux. Mais pourquoi donc est-ce que je comprends le portugais ? et pourquoi est-ce que toutes les files d’attentes sont plus rapides que la mienne ?

Où l’humain s’aperçoit que parfois la vie, c’est con .

Un cri détruit le silence stagnant. Un enfant. Dans trois secondes, il va pleurer et tout le monde souffrira de sa présence. Mais pour l’heure, c’est le plus bel élément de la journée.

P.S.: Je m’excuse pour ce titre réellement pourri, avec un mot qui n’existe pas, mais je cale.