Moi et ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for janvier, 2012

Je suis un lâche

leave a comment

C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé dernièrement, je suis un lâche. Ça m’arrange beaucoup et je ne le vis pas comme une sinécure. A l’inverse de l’insulte qui avait encore beaucoup de valeur du temps où la testostérone gouvernait les pays, être un lâche aujourd’hui est quelque chose de très facile à supporter. Signe de lâcheté encore plus profonde. Signe que Chuck Norris et JCVD sont définitivement passés dans le domaine de la blague.

Je suis un lâche parce que je vote blanc. C’est ainsi que nous fûmes catalogués, un pote et moi, parce que nous ne faisons pas confiance en la politique. Déjà dans un pays avec un gouvernement plus ou moins normal, il est quasiment impossible de voir dans la politique la représentation de nos idées. Nos attentes ne se voient jamais réalisées, même avec le meilleur des systèmes démocratiques. Mais ici en Belgique, c’est encore plus compliqué. Donc, on ne vote pas car on ne croit pas à un réel changement. C’est vrai qu’on est une brochette de glandus qui n’accomplissent pas leur devoir patriotique. Mais c’est aussi parce que le mot patrie nous donne la gerbe, et que le seul moment où on veut le défendre, c’est quand un parti extrémiste menace d’être au pouvoir.

Je suis un lâche parce que je ne manifeste pas. Je préfère me mêler à la sueur du peuple lorsque ce dernier est sous pilule, déguisé en tafiolles ou simple représentant de la cause homosexuelle, en train de se déhancher sur de la techno. C’est beaucoup plus drôle et marrant que de marcher au pas de l’oie en scandant des slogans pourris qu’un syndiqué frustré a concocté entre deux meetings.  J’ai beaucoup de mal à croire en la réelle efficience d’une manifestation qui est déjà accepté à l’avance. J’y vois une condescendance des factions gouvernantes envers un groupe qu’on laisse s’exprimer pour ne pas qu’il explose. Un peu comme quand les parents laissent leur gosse gueuler dans le jardin en attendant qu’il se calme.

Je suis un lâche parce que je ne m’occupe pas des pauvres et des malheureux. Quand je passe à côté d’un clodo, je ne l’ignore pas mais je ne l’aide pas. Je pars dans une attitude confuse, en m’excusant d’être moins pauvre que lui. Je pourrais dédier mes heures de glande passé devant Twitter, 9gag ou des litres de bières à aider ces pauvres êtres.

Je suis un lâche parce je ne like pas les groupes FB de soutien à différentes cause. D’ailleurs, je ne soutiens aucune cause au travers de mon compte en banque. Je ne crois pas aux ONG et leur prétendus solidarité qui ne sert qu’à assouvir un besoin d’auto-estime. En même temps, je ne fais rien assis derrière mon PC, et il m’est très facile de critiquer de cette façon.

Je suis un lâche parce que je ne vais pas voir ce pauvre timide qui attend d’être tiré de sa solitude. Comme il dit, toutes nos relations sont fausses et individuelles. Nous passons notre temps devant Facebook, devant cette illusion de communication. On s’envoie des photos, on se commente mais tout ça est faux. Son acuité le permet de comprendre la fausseté de nos échanges tandis que lui ne parvient même pas à se faire une place parmi les humains. Perdu dans son monde solitaire, il tient absolument à ce qu’on sache qu’il est libéré du regard des autres. Une façon ostentatoire et paradoxale de dire qu’il n’en a rien à foutre.

Je suis un lâche parce que je ne suis pas choqué par toutes sortes de sujets qui devraient me choquer. Parce que je ne traite pas directement les autres de cons s’ils ont eu une réaction que je n’ai pas compris. Prendre le temps d’essayer de comprendre au lieu d’insulter immédiatement, c’est un signe de faiblesse.

Je suis un lâche lorsqu’un mec aborde ma copine et que je ne vais pas lui exploser la tronche à coup de bouteilles de bières.

Je suis un lâche parce que je réfléchis.

….

Mais franchement, j’adore être un lâche.

Written by gringoteq

janvier 21st, 2012 at 7:04

Crash temporel

leave a comment

L’autre jour, entre un pavé de sociologie limite conspirationniste et une déconstruction électronique violente, je me suis écouté un morceau des Beatles. Putain la claque ! J’avais oublié qu’il était possible d’être aussi tendre et naïf, dans le bon sens du terme. Pas cette tendresse commerciale que j’associe à un torrent de confiture, tout mou et collant, comme aiment nous servir les Pascal Nègre et autres sbires du capitalisme. Ni cette naïveté du petit roquet qui est sorti gagnant d’un concours de chant télévisé. Non, plutôt celle du type qui s’est trop défoncé, qui a fumé des kilomètres de moquette, qui a visité les horizons arc-en-ciel d’une certaine solitude et qui maintenant est juste tranquille, genre pépère.

Dans les moments confus où je me bourre le crâne avec autre chose que de l’alcool, entendez le blocus, des musiques comme celle de ces cafards me donnent une tendresse effroyable. Les Beatles, c’est ce boys-band qui récoltait plus de culottes en un gémissement que moi en toute une vie. En les écoutants, la tête embrumée par les vapeurs sociologiques, j’ai vaguement essayé de comparer le message des musiciens de la vague hippie à ceux d’aujourd’hui. Dire que c’était différent, qu’ils étaient plus cool à l’époque, qu’ils recherchaient la pureté revient à dire que les moutons sont blancs. C’est évident.  Mais certains sont noirs.

S’il y a bien quelques constats que je déteste, c’est les discours réactionnaires qui insistent sur le fait que c’était mieux de leur temps, qu’aujourd’hui on ne fait plus rien de bon, que notre génération est destinée à vivre dans l’ignorance crasse et que leurs choix sont de toute façon les meilleurs. Car, plus que cet attachement craintif à une culture qui s’effrite, c’est l’impression de devenir comme eux qui me rebute. Je n’aime pas ce que les plus jeunes que moi écoutent ainsi que ce que leur musique représente. Mais bon, c’est généraliser la musique d’aujourd’hui à quelques têtes perçantes et oublier toutes les cultures alternatives qui n’existaient surement pas du temps desdits réacs avec autant d’amplitude qu’aujourd’hui.

Mais revenons aux cafards. En écoutant le morceau Let it be, j’ai eu une envie de gambader joyeusement dans un champ avec pleins d’autres gens souriants, les cheveux lâchés et vêtus de jupes aux couleurs chatoyantes. C’était terrifiant et délicieux à la fois. Terrifiant car je ne suis plus habitué à tant d’élan de mièvrerie champêtre et que le style vestimentaire hippie provoque en moi des attitudes d’exhibitionniste pervers. Délicieux parce que ça me semblait détendu et décomplexé. Un truc que j’avais oublié. A force de faire le con, on oublie qu’il y a moyen de s’amuser simplement.

Toutefois, l’idée de s’amuser simplement entre dans le champ lexical du simple, mot que j’associe aux benêts, aux ploucs et aux enfants. Une barrière intellectuelle qui vint détruire l’idylle musicale dans laquelle je me complaisais. J’ai réécouté le morceau et je me suis dit que je n’en avais rien à foutre. J’ai mis à la poubelle tous mes cours, mon smartphone, mon ordi et mes slips cérébraux. J’ai ensuite foutu le feu à la maison et suis parti en courant dans la liberté d’un matin ensoleillé vers les grandes plaines du détachement. Pour les dernières phrases, sachez qu’elles relèvent de la pure fiction mais que c’est à peu près l’effet que m’a fait la troisième réécoute de Let it be. Et qu’en période de blocus où l’étudiant a parfois (tout le temps ?) envie de tout casser, ces petits instants sont priceless, comme dirait les autres cons.

Une des critiques souvent adressée à l’encontre de mes écrits bloguesques, en plus du « t’es complètement taré » ou « bof, c’est chiant, tu utilises plein de mots compliqués », est que je suis trop violent. Ainsi, ma plume aurait tendance à s’échouer dans les domaines malsains de l’impur, de la grossièreté et/ou de la méchanceté. Dans ma plus pure innocence, mes racontars ne me semblent pas dépasser l’éclat timide d’un jeune mormon outré par le manque de dessert à la cantine. Parfois, peut-être, je me complais dans l’usage subversif de substantifs obscènes ou extrêmement cochons, mais c’est plus la verve qui m’emporte qu’une véritable haine à l’encontre de l’humanité. En même temps, parfois  Mais avec le regard tranquille du gars qui vient d’écouter la peacitude beatlesienne[1], je m’aperçois qu’en effet, parfois, certains de mes textes peuvent avoir une apparence méchante ou agressive, une caractéristique propre à notre génération. Génération second degré.

Voilà, donc écoutez let it be et vous pourrez faire des chutes aussi pourrie que celle-ci. Et tant qu’on est dans le registre, un petit bisous aux vieux.

watch?v=ajCYQL8ouqw&feature=related


[1] Je me permets d’inventer des mots. Saint dictionnaire, me pardonneras-tu un jour cette paresse ?

Written by gringoteq

janvier 12th, 2012 at 3:02