Moi et ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for mars, 2012

Les faux-cools et les vieux cons

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Chez MeMP, avec nos gueules de bois chroniques ta mère, et nos humeurs à torcher le parquet à grands coups de langues, on a parfois beaucoup de mal à supporter certains traits de caractères de nos congénères. Certains adorent nous faire la morale parce qu’ils ont « quarante ans d’expérience », d’autres viennent casser nos sacs à spermatozoïdes avec une joie mi-feinte, mi-blague (jeu de mots, tavu, ouais, on est trop des boute-en-train chez MeMP). Ce sont les faux cools et les vieux cons.

Les vieux cons, c’est l’état d’esprit de celui qui a bourlingué sa carcasse de pré-mort sur différents chantiers de la vie. Il a construit son état d’esprit à grand renfort de briques philosophiques, aussi lourdes et solides qu’impénétrables. Le ciment de sa pensée est un amalgame de fiel, d’arrogance collante et de réflexions personnelles jamais entaché par celles des autres. Il utilise depuis quarante ans le même sable pour son mur sublunaire. « On ne change pas une équipe qui gagne », vous dira-t-il, fier de connaitre un proverbe.

Le faux-cool, il regarde ce pachyderme de réflexion et sautille comme un macaque sur le dos du vieux con. « Putain, kesté ringard ! Vis un peu dans le présent. Tes histoires, c’était y a quarante ans. » Si ce dernier point peut s’avérer véridique, il a tout de même la particularité de vous énerver au plus haut point. Détails qui ne concernent absolument pas le faux-cool, qui ne s’énerve jamais. D’ailleurs, en plein débat avec un vieux con, le faux cool vous dira : « Mais allez c’est bon, faut pas s’énerver, quoi. » Ce qui bien sûr, produira l’effet inverse.

Le débat avec le vieux con, ce sera toujours une lutte pour exposer votre point de vue qui finira dans les oubliettes du « tu comprendras quand tu auras mon âge. » Argument imparable qui a le mérite d’ôter, selon lui, toute crédibilité à vos propos. Après quarante ans à se convaincre que son mur était le plus beau, le plus grand et le plus solide, il aura beaucoup de mal à comprendre qu’il existe d’autres murs dans le monde de la même valeur. Ce qui est normal. Une fois le mur bâtit, on ne voit plus ce qui est derrière. Dans cette situation, comment juger les œuvres des autres ?

Le faux-cool non plus ne juge pas. Mais c’est parce qu’il est trop cool et qu’il ne fait de mal à personne. Du moins, de son point de vue. Point de vue qu’il ne manquera pas d’essayer de vous imposer par divers moyens. Souvenez-vous, lors de cette kermesse endiablée où la bière à un euro ne parvenait pas à exorciser ces cris barbares d’accordéons grotesques. Accroché à votre bar comme à une bouée de sauvetage, vous décriviez avec désespoir les malheurs générés par une escouade de blogueuses mal baisés quand le faux cool a surgi de sa jungle boboesque. Emmitouflé dans son foulard de guimauve, il vous a secoué à grand renfort de « Mais allez, faut s’amuser quoi. »

Si vous lui avez balancé votre bière dans la gueule, le vieux con n’a pas manqué pas de vous faire remarquer que de toute façon,  « les jeunes ne savent plus s’amuser, c’est pourquoi ils sont obligés de s’inventer des distractions débiles ». Vous avez hésité à lui répondre que la vie n’est faite que de distraction, sinon pourquoi aurait-il passé autant de temps à construire son mur, mais le souffle de la paresse vous en a empêché. Le reste, vous ne vous en souvenez plus. Vous avez arrêté d’écouter après le « de mon temps », terrorisé à l’idée qu’un jour, vous aussi, vous sombrerez dans la solitude de cet ouvrier de la vie.

Rapidement, vous avez cherché quelqu’un du regard. S’accrocher à quelqu’un, créer des amis pour ne pas finir seul quand vous avez aperçu le faux-cool se prenant en photo. Il tirait la langue, parce que c’est trop un guedin. Il vous a regardé du haut de son pantalon mou, déplacé sa dread de l’incompréhension, et a exprimé sa sympathie condescendante à l’égard de vous, pauvre type qui n’avez pas regardé Kony 2012 et n’aimez pas la musique folklorique, entendez Zaz ou les Enfoirés. « T’es trop un esclave du système » avancera-t-il, esclave de son look.   « Tu dois ouvrir ton esprit man ». Tu dois fermer ta gueule, oui.

Dans les deux cas, ce sont des putains de chieurs de donneurs de leçon de merde, qui pensent avoir la panacée de la réflexion. Dans un savant mélange de suffisance et d’absence totale d’auto dérision, ils déversent sur vous une pléthore de bon raisonnement aussi collant que puant. Un peu comme ce blog, quoi.

Ce qui est normal car on est trop cool chez MeMP. Et ça fait quarante ans qu’on le sait.

Written by gringoteq

mars 17th, 2012 at 4:25

Posted in Mauvaise foi

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Ce post nuit gravement à la santé morale

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Il y a quelques semaines, je lisais un article assez étonnant dans lequel des journaleux suivaient une milice de la nuit. Cette brigade anti-tabac avait, comme son nom l’indique, pour objectif de repérer les malfrats qui osaient fumer dans les bars. Quel ne fut pas mon plaisir de m’apercevoir que de braves gens s’occupaient de notre sécurité à tous.  Que le mal avait trouvé un adversaire de taille et que bientôt le monde serait un havre de paix. Du moins le pensais-je. Jusqu’à ce que je m’aperçoive avec effroi que de nombreux autres dangers nous entouraient, mettant en péril le destin licornien de nos bambins chéris.

@Dr Morrisset

Ma première réflexion alla vers le café, cette poudre du diable. Déjà sa couleur ne rentre vraiment pas dans les normes morales édictés par De Wever, ou Guéant pour faire dans l’exotique. Ensuite, par un maléfice certain, il vous maintient éveillé et vous permet de travailler le matin. Mais tout cela n’est rien à côté des dégâts cardio-vasculaires qu’il peut occasionner. Un consommateur non averti risque de passer au moins plusieurs heures sans réussir à s’endormir. Certains demanderont où résident le problème d’une insomnie passagère. C’est simple. L’homme caféiné qui ne trouve pas le sommeil se met à réfléchir. Les pensées divaguent et voyagent dans des univers parfois fort peu recommandable. Il est donc plus que temps de remplacer ces emballages, où des pauvres cueillent l’arabica avec un sourire bio, par de larges bandes blanches sur lesquels viendront s’inscrire : « Attention produit nocif. » Ou alors, interdire la vente de café au moins de 18 ans. Faudrait quand même pas que les jeunes dorment à d’autres heures que la nuit.

Ensuite,  les jeux vidéos,  la glue de la paresse. Toute cette génération est vouée à l’échec et la désillusion à cause de ces jeux. Les gamers s’amusent, mais en plus, ils le font dans des mondes bizarres. Ils se vident la tête et ne se préoccupent plus des sujets vraiment important comme savoir si il faut réglementer ou pas les sodas. Car oui, les sodas sont un autre danger qui menace notre planète d’extinction. Imaginez les nouvelles générations, où tous seraient gros à force de ne manger que des chips et boire du coca. C’est terrifiant. A nouveau, nous ne pouvons faire confiance au bon sens du peuple. Depuis quand le peuple a du bon sens ? C’est la raison pour laquelle je propose un permis soda, avec une limite réglementée en fonction du poids de chacun. Nous pourrions ainsi avoir un monde où tout le monde serait mince, beau, souriant et identique. Saint Eugénisme protège nous de la diversité !

Autre périls de notre société : la mayonnaise. Le peuple ignare, manipulé par les méchants publicitaires aux doigts crochus, se fait également avoir et achète ce produit extrêmement nocif, beaucoup plus que le nucléaire. Le peuple achète ce produit uniquement parce que les pubards les obligent et non par plaisir. De nombreuses victimes pourraient venir témoigner de la détresse dans laquelle leur addiction à la mayonnaise les a plongés. Heureusement, le gouvernement est là pour traiter de ce sujet, nettement plus urgent que les 2 milliards manquant dans le budget ou la crise de ces incapables de Grecs.

Et que dire de l’internet, ce lieu démoniaque où l’on trouve de tout mais surtout n’importe quoi ? Ce lieu où la culture se fait submerger par la bêtise et la pornographie? Nos pauvres enfants, qui décidemment sont incapables de penser par eux-mêmes se font immanquablement influencés par cette inculture hétéroclite. Ils deviennent méchants, s’informent par des moyens non officiels, s’excitent devant des vidéos malsaines et perdent tout contact avec la réalité. Ils pensent que le sexe se passe comme dans les films pornos, tournent tout en dérision et transforment la vie en blague. Nous qui souffrons de la réalité quotidienne, qui ne faisons l’amour que le samedi dans la position du missionnaire, qui travaillons tellement que nous avons perdu toute notion de plaisir, nous sommes à même de diriger cette jeunesse perdue sur les sentiers périlleux du net. Nous savons ce qu’est la réalité ! Nous devons réglementer, limiter, protéger notre jeunesse insensible et incapable. C’est bien connu, plus il y a de règles, plus les gens se sentent responsables.

C’est dans cette optique que je soutiens l’idée tout à fait censée de Dirk Claes. Il faut absolument interdire la vente d’alcool dans les magasins de nuit. La nuit, il ne faut pas consommer d’alcool. Ni la journée, d’ailleurs, puisque c’est le moment de travailler.

Donc, je récapitule. Il faudrait sortir une pléthore de règles pour encadrer une génération d’irresponsables. Si on augmente la quantité de lois limitatives, cette jeunesse n’aura plus à réfléchir aux dangers qui l’entourent puisque tout sera déjà prémâché. Une jeunesse qui ne réfléchit pas, c’est bien connu, cela n’est nullement dangereux. Interdisons joyeusement pour rendre cette société moins pernicieuse. Transformons les humains jusqu’à obtenir des consommateurs identiques, qui ne jouent pas, ne jurent pas, ne boivent pas, ne dorment pas pendant la journée, ne fument pas, ne regardent pas de pornos, ne chantent pas dans la rue, ne pissent pas dans les jardins ou sur les statues. Légiférons jusqu’à être débarrassé de ces êtres individualistes, qui ne pensent qu’à leur propre plaisir. Créons un monde uniforme, où personne ne tiendrait de propos insultants ou déviants et ne perturberaient l’espace social de l’autre. Supprimons les relations interpersonnelles pour éviter les débats polémiques, les discordes et les malentendus.  On obtiendra alors un monde parfait.

Un monde parfaitement ennuyeux.

Written by gringoteq

mars 10th, 2012 at 6:16