Moi et ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for avril, 2012

Divagations primesautières et aggravations caractérisées sur l’Amour

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Aujourd’hui, une épiphanie venue tout droit d’un désœuvrement corrosif (et très coupable, bien sûr), que je partage avec vous pour le plaisir intellectuel que cela me vaut et qui, en termes de raffinement, est ce que la peinture palmaire est à [choisissez votre gagnant]. Je veux vous parler de l’Amour, ce mystérieux mistral magistral, dont la réalisation parfaite est ce pinacle inaccessible, dont la gloriole chantée hier par de gras ménestrels cyniques pour gagner leur pitance est aujourd’hui convoyée par les triomphants accords de la pensée industrielle.

Les amoureux seraient pour moi deux aveugles plongés dans une pièce noire qui cherchent à tâtons ensemble un interrupteur dont ils ignorent absolument tout. Cette vision s’est brutalement imposée : il n’y a pas plus maladroit qu’un amoureux si ce n’est deux amoureux, et quand je m’imagine le spectacle d’une association reposant sur cette gaucherie même, où chacun, maladresse en oriflamme, parfaitement confiant dans l’autre, lui laisse une part de la charge délicate et intemporelle qu’est celle de trouver enfin la solution à l’équation impossible qu’est le soi, la vie, le devenir, etc. et bien je suis pris d’un rire tonitruant et formidable, dont les accents inexorables rappellent sans doute les hordes mongoles fondant sur les civilisations assoupies. Ahem. Ou, si on n’aime pas les mathématiques, nous avons appris à donner comme but ou objet à l’Amour celui de définir le cap mystique qui transcende la géographie des possibles, en visant le but onirique de notre bonheur ici et idéalement au-delà. De toute façon, avec deux désorientés pour navigateurs et sans même parler de cet Eden qui n’existe nulle part si ce n’est dans une volition atavique des hommes, et bien on rit pareil. C’est Don Quichotte qui charge les défenses absentes d’un moulin moulinant le ciel. C’est cocasse, c’est stupide, c’est interpellant.

Ce spectacle m’emplit donc d’une jubilation presque malveillante, à ceci près que je ne souhaite nullement du mal au bonheur des autres (ni au mien, bien sûr), et certainement pas à cet Amour tant chanté et déchanté. A vrai dire, je suis un romantique sceptique, j’aime et je doute d’aimer en même temps, la plupart du temps. Mais soit. Ce n’est pas la revanche ou l’amertume qui animent ce rire. Non, c’est plutôt saisir conjointement d’une part tous les défauts évidents d’une pareille disposition et d’autre part l’incroyable confiance que les individus lui font – ou ont envie de lui faire. Le rire qui en nait veut briser une idole dont on a appris à supporter le poids. Et donc ce rire, s’il est grinçant, n’a pas seulement pour objet de secouer le diaphragme d’un tressautement vaguement inesthétique.

Ce que j’en tire quant à moi, ce n’est pas le cynisme en amour, excès tout aussi ridicule et sans doute plus misérable encore que le premier. Le sens que je peux trouver à l’Amour (j’espère que vous sentez toujours le cynisme de la majuscule, hein) est d’une portée plus pratique. Au lieu de chercher un absolu, un tout à la démesure de l’homme plutôt qu’à sa mesure, à voir dans l’autre un remède contre l’incertitude de la vie -  bref, au lieu d’aimer pour devenir un autre par la grâce angélique [1] [2] d’un tiers paré de bon et de blanc, on pourrait aimer pour mieux se vivre soi. Après tout, dans la quête sans objet qu’est la vie [3], on fait preuve de plus de persévérance quand on peut compter sur quelqu’un et que l’on sait qu’il compte sur nous.

Ici, une parenthèse s’impose, sinon on me prendra pour un aigri ou un désabusé, un de ces vaincus qui vivent de répandre leur frustration et leur misère sur le monde pour la lie amère de la revanche que cela leur procure. Or, je tiens à une image flatteuse de ma personne. Si je parle de drame humain, celui que l’amour cherche à résoudre, c’est que je ne vois pas de but pratique à la vie, mais plutôt que vivre vraiment s’apparente à chercher quelque chose qui y ressemble. On appelle ça vocation, passion, etc. mais aussi Amour, qui a lui l’avantage d’être plus intime et de faire monter les enjeux plus facilement. Bref, c’est l’impuissance humaine associée au paradoxe de son aptitude à construire d’incroyables aspirations qui fait ce drame, et non pas le parcours que chacun choisit (ou ne choisit pas, mais c’est une autre question).

Ce n’est pas tant pour trouver qu’on devrait devenir amoureux, mais pour chercher, en somme… Bref, l’amour serait un moyen de vivre le drame humain (l’aveugle qui cherche une lumière) sans dramatiser. C’est une façon d’entretenir son hygiène mentale, et  – pourquoi pas – celle de l’autre moitié du couple.

En tout cas, si aimer est juste un moyen de vivre détendu, Hollywood ne lui a pas fait beaucoup de bien à l’amour (le cynisme me quitte). Mais là, je ne vous apprends plus rien et puis c’est l’heure de la piscine.

 

- Jorge Corte-Real -

 

Je partage ce texte rédigé par un ami éclairé qui décidément manie beaucoup trop bien la langue française.  En espérant que ça remonte un peu le niveau de ce blog… également parce que j’ai peu de temps pour écrire.

 

[1] Et douteuse

[2] Et aux relents religieux dont il ne faut pas chercher très loin l’origine, avec un mariage encore souvent dûment sanctionné par Dieu et ses interprètes officiels, pour qui la moralité est un objet presque tangible et dont la forme est plus ou moins définitive.

[3] Les Monty Pythons l’ont largement démontré, si certains avaient encore des doutes métaphysiques ou des restes de Foi en une finalité divine et surtout impénétrable du monde.

Written by gringoteq

avril 23rd, 2012 at 7:26

Le bingo de la musique Pop

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Il faisait gris sur la terre morne de Bruxelles, c’était le lendemain du wééé- kend et tout poussait à rester caler sagement devant la télé. Surtout que la plupart des êtres de mon entourage étaient parti brouter des pilules chez les moutons ou travailler pour la gloire du Saint-Capitalisme. Motivation absente et batterie plus plate qu’une adolescente de 10 ans, je laissais tourner les quelques chaînes à tubes sur mon poste.

Regarder les hits du moments, c’est juste une énième façon de s’informer des modes du moment. Tout comme s’abreuver de pub ou voyager dans certains blogs hype. Une alternative au JT et médias de masses qui sont parfois chiants parfois creux, souvent les deux. Durant presque 6 heures, je me suis abandonné à la consommation de ces clips pour tenter d’en retirer quelque chose, persuadé que c’était possible. Même les plus mauvais scénars ont toujours quelque chose à dire, délibérément ou malgré eux.

Partant du principe que ces clips représentent les goûts d’un grand nombre de consommateurs mais influencent également ces derniers, j’ai voulu décrypter quelles étaient les indices de « goûts », « d’idéaux » ou de « lifestyle » présents dans ces vidéos.

Une chose était certaine, tout ces clips se ressemblaient énormément. Comme si les artistes avaient peur d’être originaux et préféraient copier un morceau qui avait remporté un vif succès. Ou que les télévisions ne désiraient pas passer d’autres messages, si la musique aujourd’hui peut encore être considéré comme un vecteur de quelque chose.

D’où l’idée du bingo.

Sofa + Paresse= Bingo Moche

Il m’a semblé qu’il y avait trois couches d’analyses pour ces clips. La musique, la vidéo et les paroles. La musique désigne les sons employés comme un rythme eurodance à la LMFAO ou une voix mignonne/trendy à la Cocorisible. La vidéo concerne les détails marquants et communs à de nombreux clips comme, au pif, des gens qui dansent dans la rue super heureux. (Faire danser les gens, c’est un peu l’utilité de la musique, diront-certains.) Pour les paroles, il s’agissait de repérer les gimmicks les plus usités.

L’idée du bingo, c’était de relever les détails les plus communs à chaque clip pour les fusionner et faire le hit de l’été. Mais subsistait le problème de la comptabilité. Comment compter le nombre de fois où chaque thème réapparaissait? Il faudrait un dispositif placé en dessous de chaque concept qui enregistre chaque touché. Trop compliqué à faire.

Par contre, jeter un oeil sur les thèmes récurrents présentés dans ces clips pouvait mener à quelque chose…ou pas. De toute façon, j’étais vautré dans mon sofa, sans volonté. Il fallait que je tente le coup.

Si l’on part du postulat que les clips représentent notre réalité ou celle à laquelle on aspire, notre génération ne pense qu’à faire la fête, en groupe avec des lunettes de soleil, de façon totalement riche et démesurée.

Prenez The Wanted ou One Direction. Une bande de jeunes au physique de mannequin, avec des voix douces, qui chantent devant des couchers de soleil. Ils claquent des mains ensemble et s’exhibent dans la rue. Un peu ce qu’on ferait lorsqu’on est top bourré en rentrant d’after – mais pas à jeun.

Et ça continue avec les autres clips. Toujours de la démesure, de l’amour, des idées aussi belles qu’un coucher de soleil photoshopé mais aussi profondes qu’un Power Point. Fini les revendications présentes dans les musiques du XXè siècle. La musique d’aujourd’hui n’affirme rien du tout et revendique uniquement son droit à la fête. Les hits d’aujourd’hui fonctionnent parce qu’ils vendent du rêve. Le rêve d’être riche, d’être beau, d’avoir un harem de mineures en bikini qui viennent te servir de la tequilla mais aussi un groupe de potes avec qui on pourrait faire semblant d’être indie pour donner un air plus profond. Le rêve?

Et là, je me suis cogné. Bien sûr qu’ils vendent du rêve. C’est leur fonction, ils ne s’en sont jamais cachés.

Si j’étais un tant soit peu conspirationniste, je dirais que les créateurs inventent ces musiques et leurs clips dans l’espoir que les consommateurs oublient leur vie de merde. Les sociologues se tuent à dire que notre génération est individuelle, rendue chaque fois plus solitaire par l’étiolement résultant de l’apport technologique des ordinateurs et réseaux sociaux (je ne suis pas d’accord mais on s’en branle), alors on fait des clips qui montrent le contraire. Que plus on deviendra pauvre, seuls, gros, moches et cons, plus les clips montreront des gens riches, beaux, minces…

A nouveau, l’explication, c’est le rêve. En effet la musique a souvent été vecteur de rêve. Elle a souvent permis à ses auditeurs de mettre un peu d’espace entre eux et leurs réalités. Sauf que les clips à succès de ces chaînes ne me font pas rêver (je n’allais quand même pas faire l’apologie de la musique pop). Au plus, vaguement réfléchir.

Tout ce temps vautré à faire tourner mon embouteillage neuronale pour arriver à ça…

En même temps, qu’attendre de plus d’un mec vautré dans son sofa?

 

 

Written by gringoteq

avril 12th, 2012 at 11:36