Moi et ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for juillet, 2013

Cafard pour un lever de soleil

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Voilà, c’est le matin. Le soleil pointe pépère ses petits rayons freluquets au travers de mes rideaux plus lourd que ta mère. Hier soir, on a encore picolé. C’était dans un bar où tous les hommes avait cette apparence de robuste gaillard, capables de soulever le plancher rien qu’avec leurs dents. Les filles étaient mignonnes, du genre à rejouer le générique de Game of Thrones au violon, vêtu de frusques moyenâgeuses. Ça m’a fait du bien. A force de glander parmi les technoïdes, j’avais perdu l’habitude de voir des gens dont la santé physique traduisait un état d’esprit solide et sain. Mais peut-être était-ce le vin rouge…

Toujours est-il que c’est le matin et je n’ai pas du tout envie de me lever. Ce soleil qui pointe est le reflet du no man’s land qui sépare la nuit et la journée, les vivants des morts, les bon vivants des poètes chimiques, les débutants des pouet-pouet cyniques. J’ai envie de saluer le jour qui vient d’un hommage vigoureux, comme savait sûrement le faire nos ancêtres du paléolithique, mais mon corps reste alourdi comme un voyageur cryogénisé. A ce moment, le passé et le futur entre en collision.

BOUM

Retour en Provence, il y a une vingtaine d’années. La tente des parents est dressée et le soleil rougeâtre de l’aube perce au travers des pins. Une brume légère s’évapore du sol tandis que mes créateurs s’affairent à préparer un petit déjeuner. Mes petits yeux d’enfants s’émerveillent de ces jeux de lumière et je me rendors tranquillement dans mon sac de couchage, sur ces matelas qui pourraient servir de reposes-œufs.

Merci Google pour cette magnifique illustration.

Je me réveille quelques années plus tard, à l’arrière d’une vieille Golf rouge.  Le calcaire blanc qui borde l’autoroute vers Montpellier prend une teinte rosée. Les petits buissons tremblotent sous la poussée de la brise marine, formant des ombres éphémères sur le sol caillouteux. On est quelque part entre Nice et les Pyrénées ; je me réveille après une nuit de transit. Mes remps causent de croissants et de café, ce qui me plonge dans une humeur joyeuse. Personne ne prépare les croissants aussi bien que les franchouillards.

BIM

Est-ce l’effet du pinard de la veille ou les conséquences des vestiges de l’aurore ? Je me sens mal. Le vague à l’âme, les réflexions délavées qui s’estompent dans une nostalgie confuse, plus proche du cafard que du saudade…

Le soleil flotte sur les vagues du Tage, putain de fleuve sinistre au bord duquel moult marins, pêcheurs, alcooliques et/ou poètes sont venu déverser leur âme en peine. Et pourtant, l’endroit est beau. Mais tout le monde est moche. Une heure avant pourtant, c’était le contraire. Avec leur chemises blanches ouvertes sur un torse bronzé à la BHL, avec des décolletés dont l’échancrure faisait oublier la petitesse de la jupette, avec des déodorants écrasant l’odeur de clopes et l’haleine de sardine, les branchés de Lisbonne étaient les rois du monde. Se déhanchant sur des musiques impersonnelles et fades – donc parfaites pour accompagner la vacuité des mondanités – la faune des friqués s’étaient retrouvés au Lux pour mélanger Safari-Ananas avec de la cocaïne ultra-coupée. Jusqu’à la fermeture. Là, les occupants de la boite quittent l’établissement en file indienne comme des tôlards fatigués. La sortie est aveuglante et la réalité un peu dégueu.

Je suis donc face à cet instant. Les lueurs matinales lèvent le voile sur ces visages fatigués, des cernes jusque par terre, les yeux clos par le soleil éblouissant et l’alcool alourdissant. La magie nocturne s’est transformée en enfer et des disputes éclatent sur le parking. Je regarde le fleuve et me dis que plus personne n’utilise l’expression à potron-minet.

ET OUAIS !

Toujours ce mélange de cafard et de paresse nostalgie qui me cloue au lit. Ais-je vraiment envie de me plonger dans une journée illuminée ? Ais-je vraiment envie de rester immobile sous mes draps, à gratter du souvenir ?

Sud du Portugal. Quelque part, dans une nature qui s’achève en falaises abruptes sur l’Atlantique. Des amis d’amis, une vieille ferme recyclée en antre d’artiste. Des tissus violets servent de tentures, de la transe progressive se mue en house psychédélique. Des jeunes comme moi sautent d’arrache-pied sur des basses convaincues tandis que je me prélasse dans mon alcoolisme. On me tend une tasse d’un liquide sombre que j’interprète comme du café.  Le goût étrange, un peu comme du thé amer, me fait lever un sourcil perplexe.

« C’est une infusion de champignons. – Ah bon ? Ok, si ce n’est que ça. »

Ma conscience journalistique me pousse à explorer cette expérience inconnue. Ce qui ne te tue pas te rend plus fort, dit l’autre connard de proverbe.

Une demi-heure plus tard, j’explore la côte accompagné d’un soleil décidément très très rouge. Mais alors vraiment très rouge. Tout l’horizon semble enflammé. Les longs buissons décharnés par les vents maritimes tendent leurs branches dans ma direction. Les vagues se brisent avec fracas sur les roches côtières. Le vent siffle et transporte les nuages sur les rayons incendiaires de l’astre.

Après, j’ai fait caca.

BADABOUM

Le chat vient de casser un pot de fleur. C’est l’heure de se lever. Fini, le cafard, la nostalgie ou la saudade.

Place au blues.

 

Written by gringoteq

juillet 6th, 2013 at 12:09