Moi et ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for août, 2013

Vers la félinisation!

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Tout a commencé avec cette vidéo d’Alain Soral :

Dedans, le boxeur philosophe martèle que notre société se féminise et que cette transformation génère plein de problèmes.

(Là en fait, je vous résume parce qu’au sinon, il est question de perte du lien social et des valeurs traditionnelles, du meurtre de deux gendarmettes et d’une bonne grosse louche de machisme réactionnaire.)

Ensuite, vint ce réveil, hier matin. Je survolais tranquillement un champ de licornes quand je fus réveillé par des cris alarmistes et alarmants. Ma douce moitié ne trouvait plus son chat, ce félin espiègle qui passe ses journées à glander en matant les Anges de la Téléréalité. Connard de chômeur.

L’œil encore collé de morve, j’entrevis ma 1/2 m’expliquer que le chat devait s’être enfuis par la fenêtre de la cave, fenêtre qui était resté ouverte toute la nuit. Nous avons alors stressé suffisamment pour que je parvienne à ouvrir mon œil. Puis le chat s’est pointé, pépère. Il devait sûrement roupiller derrière une armoire.

L’histoire aurait pu s’arrêter là mais les punchlines de Soral me revenaient en tête. Et si notre société se féminisait ? Serait-ce vrai que les femmes assurent de plus en plus les rôles autrefois destinés aux hommes, bouleversant l’ordre cosmique, onirique, politique et social qui faisait qu’autrefois, la seconde guerre mondiale n’a jamais existé parce que tout est la faute du lobby juif ?

Perso, je m’en tape. Le mariage, ça ne m’intéresse pas et Internet est mon seul dieu. Mais je me suis dit que j’allais tenter d’assumer un rôle de mec.

J’allais bricoler !

Le bricolage, il me semble bien que c’est un travail d’homme, du moins dans la conception traditionnelle de la famille. Cet énorme cliché préfigure un homme, perceuse au poing, souriant de bonheur à l’idée d’occuper son dimanche à revisser son armoire, tandis que son épouse tendre (comme la viande) vient lui apporter sa limonade rafraîchissante.

Chat + Soral + fenêtre de cave mal protégée +frayeur matinale +amour tendre +domination féminine = je pose un grillage devant la fenêtre de ma cave (accessoirement notre chambre).

Step 1 : Brico

Dans les conceptions d’intentions drôlatiques qui se nourrissent du cliché pour faire du lol, les magasins d’accessoires de bricolages sont une sorte de Disneyland pour le mâle. Celui-ci s’y promène confiant tandis que sa femme tremble, terrorisée près de l’entrée, en pensant à une paire de Louboutin. Moi, par contre, je ne vois qu’un supermarché chiant avec des odeurs sympas dans le rayon dissolvant.

Toutefois, étant donné que je devais assurer un rôle de mâle, je décidais que je kiffais à mort les planches et les ampoules. En entrant chez Brico, je pris la ferme résolution de me débrouiller seul pour trouver mon grillage, parce qu’un homme connaît sa poche comme son Brico et que les employés ne sont là que pour empêcher nos femmes de penser à leurs Louboutin.

Step 2 : sortie du Brico

Le regard viril, le torse bombé, je suis sorti sous le soleil éclatant en me commémorant avec fierté comment j’avais réussi à trouver mon grillage sans l’aide de personne. Il m’a semblé entendre un concerto de klaxon en ré mineur en mon honneur. Lorsque j’ai foulé le trottoir d’un pas auguste, l’univers tout entier s’exclamait : « Regardez cet homme, il va faire du bricolage. Gloire à lui. L’ordre cosmique sera rétabli !!!! » (L’univers est très kikou et aime les points d’exclamation. Don’t ask !)

Step 3 : pose du grillage

Arriver chez oim et chercher des outils. Se rappeler qu’en fait, je n’en ai aucun mais que ma femme, fleuriste de surcroît, en possède une flopée. Complimenter le hiatus. S’apercevoir que dans notre ménage, c’est elle qui prend les décisions ET possède les outils. S’apercevoir également qu’elle est belle et beaucoup plus douée manuellement que oim, tandis que je ne possède qu’une simple aptitude à partager des vidéos de chats. Pleurer et s’ouvrir une bière.

Step 4 : épiphanie

Quand j’ai posé le grillage devant ma fenêtre, j’ai ressenti l’extase profonde. Un peu comme Pascal lors de sa nuit de grâce. (Je suis d’ailleurs certain qu’il a passé sa nuit à bricoler au lieu de méditer.)

J’étais un homme !

J’étais à ma place !

Les femmes promenaient leurs mini-jupes sur le trottoir caniculeux en poussant de grands cris lascifs d’admirations. Leurs hommes, raccordés à leurs bras par une laisse, me jalousaient et leurs cous étaient rouge de honte.

J’avais découvert l’ultime. J’étais grand, j’étais beau, j’étais fort, je bricolais !

La pose de mon grillage achevée, je décidais de réparer TOUT mon appartement. Tout ce mobilier qui dépérissait depuis de longs mois à cause d’un « je le ferai demain » allait goûter au pouvoir de l’homme bricoleur.

Après tout, j’étais un manuel (aucun lien avec mes racines portugaises).

Step 5 : retour au Brico

J’ouvre l’interrupteur de ma lampe de salon et retire le fusible. N’ayant pas de chewing-gum sur moi (sorry MacGyver), je retourne au Brico pour en trouver un neuf (de fusible, pas de chewing-gum).

A nouveau, un torrent de fierté masculine m’astreint à une recherche solitaire, libéré des signalisations communes et des indications des employés. Car l’homme sait où se trouve la pièce qu’il recherche. L’homme est un chasseur né et le bricolage n’est qu’une extension de la chasse.

Je n’ai pas trouvé mon fusible.

C’est finalement une employée – une femme – qui m’a indiqué où se trouvait mon gibier.

A ma sortie, j’ai eu l’impression qu’il pleuvait.

Step 6: retour au Brico (2)

J’ai changé le fusible mais ma lampe ne fonctionnait toujours pas.

è Retour au Brico pour acheter une ampoule. J’ai commencé à détester ces réductions sur les planches (même si un plancher à 15€, ça reste tentant.)

J’ai demandé à la caissière si l’ampoule que j’avais acheté était la même que le modèle grillé que je tenais  en main. Elle s’est foutue de ma gueule.

Step 7 : vidéo de chat

Ampoule changée, lampe fonctionne pas. Je pleure et décide de regarder des vidéos de chat jusqu’à la fin de ma vie.

EPILOGUE

Hier soir, j’ai voulu m’allonger aux côtés de ma dulcinée qui ronronnait paisiblement. Le chat était posé sur le lit. J’ai hésité un instant puis j’ai été me rouler en boule dans la douche, nu comme un ver.

Ce matin, je fus réveillé par ma dulcinée qui s’énervait sur le chat, criant que je m’étais encore enfui par la fenêtre de la cave.

Soral s’est trompé. On ne tend pas Vers la féminisation mais vers la félinisation de la société. Du coup, tout le monde s’est trompé. Soral n’est pas agressif, il est juste dyslexique.

Ce texte n’a pas été rédigé par un chat.

Written by gringoteq

août 5th, 2013 at 3:35

Les arguments pourris du snobisme musical

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Régulièrement, autour d’une choppe, je participe à des discussions qui tournent autour de « qu’est-ce qui est de la bonne musique » et « qu’est-ce qui est de la merde ». L’alcool et les convictions aidant, je et mes interlocuteurs tombons dans l’évocation d’arguments approximativement inutiles et complètement hors sujets.

Du moins est-ce ainsi que je le perçois, à cette heure où je rédige ce torchon numérique – c.à.d 5h du mat’.

Généralement, une musique ne vaut pas la peine d’être écouté parce que :

1. C’est de la musique commerciale.

Ok, je conçois que ce morceau a été construit en accolant toutes les sonorités qui sont susceptibles de chatouiller notre oreille sans poser de question. Peut-être que les accords ont été piqués à une autre musique qui a bien fonctionné… mais regarde-moi ce clip, t’as vu comme les danseuses sont bonnes ?

2. C’est vide instrumentalement.

Ouais bon… t’es capable d’écouter une basse marteler répétitivement son ¼ en boucle, sans accompagnement, et tu viens me dire que cette compo’, bidouillée de sorte à ce que ton cerveau te dise « achète mon album », n’est pas suffisamment réfléchie ? Trouve-toi un autre argu.

3. Les paroles sont d’un cucu…

Traduis un peu les Beatles et tu t’apercevras que leurs textes sont aussi intéressants que les dialogues de Maya l’Abeille. Par contre, essaie de faire une chanson avec un discours de Mélenchon et tu t’apercevras combien tu emmerdes ton public.

4. Il chante comme une tapette.

[Raclement de gorge] Oui, bon, en fait, voilà, tu comprends… c’est sa voix. C’est certain, ça ne donne pas le même résultat que Johnny Cash, mais en même temps, ce n’était sûrement pas le résultat escompté. Et puis, c’est vachement homophobe ce que tu racontes là.

5. C’est trop joyeux.

J’avoue que c’est un problème. Parce que, quand tu mènes une vie difficile, à payer des impôts, à supporter tes voisins chiants, à te faire traiter comme de la merde par ton patron et ses clients, tu ne penses qu’à une chose : écouter de la musique déprimante. (Selon la constante de Cobain, il a été démontré que la musique déprimante rend ses auditeurs joyeux au point d’avoir envie de s’enfoncer des clous dans les orbites.) Par contre, Charlotte Gainsbourg, ça me donne une pêche incroyable.

6. Il n’y a aucune conscience politique

La musique, c’est un truc sérieux. C’est quelque chose qui s’écoute le bras droit pointé vers le führer et je t’emmerde si j’ai fait un point Godwin.

7. Mais c’est vraiment de la musique commerciale.

Je savais qu’on ne pouvait y échapper. Alors reprenons…ce qui te dérange vraiment dans cette musique, c’est que le musicien se fasse de la thune avec ses prods…ha, c’est son producteur qui se fait de la thune et pas le musicien ? … non mais, t’es vraiment préoccupé du sort de ce musicien ?

8. C’est de la merde.

Trouver qu’un morceau est de la merde est un procédé linguistique qui non seulement use d’une métaphore à laquelle il est difficile de trouver un contre-argument autre que « non, ce n’est pas de la merde », mais qui a également le mérite de réduire à néant toute tentative de réflexion un peu plus élaborée. Je ne peux qu’applaudir car je n’ai pas encore trouvé la parade (mais ça ne saurait tarder).

9. Kitschissime !!!

« Oui, monsieur le juge, je tenais à signaler un cas d’extrême contradiction. En effet, ce mec aime des morceaux kitsch – parce qu’ils sont kitsch- mais ne tolère pas que j’écoute des saxophones ringards. »

10. C’est trop commercial.

Ça suffit !

Il y a des jours, j’ai l’impression que pour qu’une musique soit qualifiée de bonne, il faut qu’elle ait été composée par un vieux mélomane jouant cinq instruments de façon aléatoire tout en lisant l’encyclopédie à l’envers en hommage à Che Guevara…mais de l’époque où il n’était pas encore connu. Du coup, j’ai envie d’écouter de la pop.

Le problème, c’est que je n’aime pas la pop…

…et que je ne sais pas comment justifier le fait que j’aime bien cette house avec son saxophone pornographique hyper-cheesy.

Written by gringoteq

août 2nd, 2013 at 3:53

Posted in Inculture

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