Moi et ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for décembre, 2013

Nacht van de Schlagers, le festival des rigolos

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MeMP s’est rendu à un festival de disco populaire flamande. Heureusement, il y avait à boire.

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MTV sans les meufs à poils, les grosses bagnoles, la femme-objet, le luxe ostentatoire et la déglingue institutionnalisé, ça donne Anne. Cette chaîne de clips balance des images d’une Flandre aseptisée et ringarde où le feel-good règne en maître. On y croise des quarantenaires avec écharpes, des accordéonistes gominés, des capitaines à la mine joviale et trop de gens en bonne santé. Téléachat pour le traitement, Prozac sur le fond, Anne communique des enveloppes de bonheur à déballer sous le sapin en écoutant le Tannenbaum.

Chez MeMP, bien sûr, on adore.

Un jour qu’Anne nous aspirait des neurones, l’oracle Google nous a prédit la venue future du festival « De nacht van de schlagers ». Celui-ci réunirait les plus grandes stars de la chaîne pour deux soirées pailletées. Selon Google Translate, le mot néerlandais schlager signifie frapper. Frapper = hit en anglais. La « Nacht van de schlager » serait la « Nuit des hits » ? Notre carnet de notes n’ayant pas survécu à la soirée, cette question restera sans réponse.

Infrastructure de malade 

Un bâtiment de dingue, capable, selon mes estimations, d’accueillir vint milles personnes. Un parking qui te prouve définitivement que tu n’es plus dans le centre de Bruxelles. Des friteries dehors, dedans, dans les cœurs, dans les âmes et dans les pleurs. De grandes dalles cimentées pleines de vides et des mamies surexcitées qui courent pour ne pas rater le premier artiste.

Après s’être fait arnaquer à l’entrée pour des billets au rabais mais plus cher, on rejoint l’immense hall d’entrée. Sur les côtés, des buvettes, des stands de produits fun, des baraques à fricadelle et une scène avec table de mix et platines. C’est donc l’espace de l’after-party, le lieu où viendront s’achever les chorégraphes tenaces, amoureux de la joie champêtre.

Une deuxième salle gigantesque nous mène vers l’arène de la schlager disco. On fait semblant de ne pas remarquer l’expo de pick-up et de 4×4. Le mot d’ordre est : ni second degré, ni moqueries primaires. L’ordre étant quelque chose que nous ne respectons pas du tout, cette maxime ne sera guère respectée. Pourtant, cet irrespect passera inaperçu au milieu des pitreries collectives.

Kortrijk XPO, la salle d’exposition de Courtrai, est un complexe d’entrepôts aux proportions démesurées. 55 000 m², selon Wikipédia. L’ampleur de l’évènement se révèle lorsqu’on traverse la deuxième salle où sont exposés différents véhicules. Il y a tant d’espace que le public fume à l’intérieur, sans contraintes. Personne ne se bouscule. Ici, pas de punks à chiens, de metalleux, de hipsters, de hip-hoppeux ou de costards cravattes. Pas non plus de fluokids, de fans de tunning agressifs ou de chevreuils avec djembés. Juste une foule calme et respectueuse, le genre d’image qu’on placerait dans un Texas bien-pensant.

Incapables de leur coller une étiquette – fermiers, banquiers, restaurateurs, politiciens, qui sont-ils ? c’est quoi leur taf ? ils bouffent quoi pour avoir l’air en si bonne santé ?- nous les suivons jusqu’à l’arène de la schlager disco, le temple de la musique populaire. A peine entré, nous perdons les 450 calories accumulés au fritkot du coin : cette kermesse est un vrai four.

10 000 personnes selon moi, 5000 selon d’autres

Sur scène, Bart Kaell déchaîne les furies, libérant l’esprit de la chenille. Trois gradins et une fosse oscillent en parfaite symbiose sur des basses de Luna Park. Les individus fades de l’entrée portent soudain des chapeaux brillants, des écharpes de plumes, des maillots en paillettes, des serre-têtes luminescents et accompagnent à l’unisson l’hymne à la mer du kap’tein. Des mecs aux lunettes clignotantes nous invitent à rejoindre leur bourrée. Sans succès. Il n’est qu’une bouteille de whisky moins le quart et nous ne sommes pas encore prêts pour la franche camaraderie. Et puis, Willy Sommers qui choppe le micro, c’est captivant.

Délirantes, les quarantenaires proprettes font tournoyer leurs écharpes, hurlant le nom de l’artiste comme des Directioners. Visage de paix, regard coquin et costume de vieux charmeur, Willy monopolise l’estrade à pas mesurées. Avec des mots simples et des refrains efficaces, il hypnotise l’assistance. Une main m’attrape pour m’enjoindre à former une nouvelle queue leu leu. Mon refus brise un espoir : la reine de la récrée redevient soudain une caissière de station-service. Je repars un peu gêné mais faut pas déconner, j’ai encore beaucoup de mal à croire aux vertus de la chenille.

Mon malaise sera de courte durée. Toute la foule est à nouveau en transe car les De Romeo’s ont débarqué. Tachycardie générale sur fond de basses déchirantes. Oseront-ils passer de la dubstep à la sauce flamande ? Fausse alerte, les battements binaires ont repris avec leurs grosses trompettes et les claquements dans les mains. Les vieux dragueurs se déhanchent sur scène jusqu’à la limite du convenable. On sent l’inspiration Elvis the Pelvis mais on sent aussi le courroux de Dieu et l’influence d’une audience intransigeante.

Point hipster : la « Nacht van de Schlagers » est une réelle culture de niche. Malgré son aspect populo et les milliers de gens qu’elle draine, cette soirée est loin d’être mainstream.

Tout le monde dans ce four connaît les paroles et les pas de danse. Tout le monde sauf nous, évidemment. Alors tout le monde danse, et la salle se transforme en une vague géante, ondulant sur la « romantische muziek» qui ferait débander un âne. Saturé par cette ambiance de mimétisme creux, on visite les chiottes. La barrière tourniquet nous évoque des convois de bétails. Il devient urgent de se noyer dans l’alcool.

« Je ben dronken, camarad’ ? »

Trouver un distributeur de cash quand son néerlandais se résume à « Een pinch a.u.b » est une expérience assez chiante. Encore plus en concert. Malgré quelques indications nébuleuses, on vagabonde pendant de longues clopes jusqu’à trouver notre graal. Le vent glacé, la fin des Camel, les réponses bizarres aux francophones perdus, la pluie, la flaque dans laquelle il faut que je tombe, toussa commence à nous faire bader.

Dans mon délire paranoïaque, je compare la schlager disco avec les Village People. Ces derniers étaient kistch, ringards et décadents et c’est ce qui dérangeait. Leurs tortillements péniens étaient insolents et vulgaires. Les schlager semblent s’en être inspiré. Après avoir supprimé toutes les provocations sexuelles, les poils et le poppers, ils ont conservé le costume de clown. Le résultat fait se trémousser des marionnettes espiègles sur une disco réduite à une construction basique : tous les sons, ensembles, au même moment. Les paroles martèlent le rythme. Ces deux-là soutiennent les accordéons pour que toute la foule sache ce qu’elle doit faire. A la place de l’insolence que l’on trouvait dans la disco, on trouve une musique de propagande, un instrument destiné à canaliser la folie dans une gestuelle collective infantilisante. Le message pourrait être résumé en : « je suis heureux parce que je suis heureux, et comme je suis heureux, je chante ma joie. Ma joie me fait danser car j’aime la vie, la vie, la vie, la vie…allez, tous ensemble…la vie est un endroit heureux car on est tous heureux. »

La thune en poche, on part s’abreuver de bière et oublier cette impression que la morale gouverne cet évènement. L’after-party empile des crasses comme Jennifer Lopez, Lady Gaga ou Avicii entre lesquels le dj parvient à encastrer quelques tours de manèges disco. Le public du troisième-âge a remballé ses marmots et seuls quelques fidèles dansent encore avec une conviction perturbante. Tandis qu’on rêve d’un morceau de Stupeflip, la foule s’organise et réalise, dans une symétrie parfaite, un… truc où tout le monde danse pareil. Fuck ! comment appelle-t-on ça ? Une bourrée, une farandole ou une square dance ? Stupéfait, nous assistons alors au déploiement de la Macarena, YCMA et autres danses patricksebastiannesques. En les regardant, j’ai l’impression d’avoir quarante balais dans le cul. Suis-je coincé à ce point ou est-ce juste une histoire de références culturelles ?

Puis vient ce morceau:

Oui… c’était parfait.

 

Morale de l’histoire : il est temps que j’apprenne les pas de la Macarena.

 

 

 

 

Written by gringoteq

décembre 17th, 2013 at 7:33