Moi et Ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

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Written by gringoteq

mars 3rd, 2014 at 3:59

Posted in Non classé

Concierto de Aranjuez: quand la culture pop s’abreuve de musique classique

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Devant un soleil couchant, écarlate au possible, un avion transporte La Mariée vers la scène finale. Sur son carnet, elle inscrit les noms des ennemis abattus ou à abattre. Les conseils de son maitre se confondent avec une mélodie paisible, soufflée dans une flûte de Pan, accompagnée d’un instrumental un peu kistsch. Ce morceau, c’est The Lonely Shepperd. Composée par un amoureux du bambou chinois, le musicien roumain Gheorghe Zamfir, cette composition clôture le film de Tarantino sur une note romantique.

Pour le spectateur ayant assisté à l’écoulement de quelques rivières de sang, cette musique agit comme un doux tranquillisant. Emprunte de nostalgie, elle sonne comme une ouverture vers le large et laisse une grande place à l’imagination. Ce choix n’est pas fortuit. Il renforce le cliffhanger et nous abandonne dans un songe exotique aux accents péruviens. Georghe Zamfir avait déjà commis la B.O. du sanglant Il était une fois dans l’Ouest. Clin d’œil musical loin d’être anodin qui renforce l’aspect western de Kill Bill.

Ce choix musical devient vraiment intéressant lorsqu’on s’aperçoit que The Lonely Shepperd est une interprétation du deuxième mouvement du concerto d’Aranjuez. Composé par l’espagnol Joaquin Rodrigo (1901-1999) lors d’un séjour à Paris, cet adagio concentre une douceur intense, entre vigueur sévillane et grâce de la musique classique. Pour cause,  « le Concierto de Aranjuez tire son nom des jardins du palais royal d’Aranjuez, initialement construit pour Philippe II d’Espagne, et notablement remanié au milieu du XVIIIème siècle pour Ferdinand VI d’Espagne. » [Merci Wikipédia]

Jardins verdoyants, étangs paisibles, chemins discrets, cours imposantes, couloirs sans fin, pièces spacieuses, le palais royal d’Aranjuez est un lieu où  respirer et cheminer allègrement. Le concerto pour guitare de Joaquin Rodrigo évoque cette pause temporelle, baignée de soleil et parfumée de senteurs florales. Toujours selon le cultissime Wikipédia, le compositeur aurait dit de son œuvre qu’elle capture « les fragrances des magnolias, le chant des oiseaux, et les ruissellements des fontaines » du jardin d’Aranjuez.

« That melody is so strong that the softer you play it, the stronger it gets, and the stronger you play it, the weaker it gets ». – Miles Davis –

Après une première représentation donnée par l’Orchestre philharmonique de Barcelone, en 1940, ce morceau rencontre un succès mérité. De nombreux artistes la réinterprètent. Miles Davis – Dieu pour Moi et Ma Pomme – en tire un album : Sketches of Spain. Le morceau d’ouverture n’est autre que le concerto d’Aranjuez, dont la trompette rappelle l’ending scene de Kill Bill. Avec son génie maléfique, Miles transforme ce concerto pour guitare en une envolée jazz qui n’a pour jazz que son appellation. Les 16 minutes se dispersent en une pensée, à peine interrompue par ce break aux sonorités d’opéra (8:14) qui s’estompe dans un Levêche symphonique.

Concernant cette composition, Miles Davis aurait affirmé : « Cette mélodie est si forte que plus elle est jouée douce, plus elle est forte, et plus elle est jouée forte, plus elle devient faible. » Sentiments contraires et passion désaccordée, cette musique évoque la violence en des termes raffinés. Elle transpire la beauté d’une végétation totalement maîtrisée par la main de l’humain. A l’image du palais d’Aranjuez , elle évoque le contraste d’une nature esclave de ses maîtres, enracinée au sein d’une architecture qui respire.

C’est ce contraste qui finalement se marie aussi bien avec le cliffhanger de Tarantino. La douceur sublime la vengeance ultra violente, la tension émeut, la référence est pointue mais surtout… cette flûte de Pan nous rappelle que tout ça n’est que du pipeau. Les créations de Tarantino restent de rigoureuses contrefaçons s’appuyant sur un solide répertoire. Le placement de cette musique ayant transitée sous les doigts de feu Paco de Lucia, de Chick Corea ou encore John Williams, témoigne du souci du détail qui préoccupe le réalisateur.

Mais, le réalisateur de Pulp Fiction et Réservoir Dogs sait-il que le concerto d’Aranjuez a également été interprété par des artistes tels que Demi Roussos, Richard Anthony ou, pire encore, Michel Sardou ?