Moi et Ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for avril, 2014

Au revoir Manu Chao

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Entre 2 pubs et 3 spots blafards de désinformation, j’ai entendu sur les ondes poubelles un des derniers Manu Chao.

Avec Rainin in paradise, Manu Chao fait encore du Manu Chao en appliquant la recette qui a fait ses recettes. A savoir, un mélange subtil d’humanitaire gogol, d’universalisme et de militantisme pseudo-politique tout juste bon pour abreuver les gâteux en classe maternelle de communisme.

Ingrédients :

-          une guitare en surcharge pondérale,

-          un bonnet en peau de lama péruvien,

-          3 kg de cocaïne

-          5 rapports dénonçant le trafic de drogue qui transforme l’Amérique Centrale en un bain de sang

Saupoudrez le tout d’images choppées chez Thomas Cook, placez cet artiste dans un festival qui sent bon le José Bové et vous obtenez un Zaz couleur macho qui vous roule allègrement dans la farine de maïs 100% dégradé.

A l’époque déjà, cet escroc altermondialeux nous avait vendu le trip backpacker, faisant rimer heure avec cœur. Que hora son, mi corazon ? Cette espèce de vieille rengaine qui veut que l’amour est intemporelle et ne s’embarrasse pas des prisons horaires…parce que le Manu est trop libre…et qu’on est trop des esclaves de notre travail…

Dans une interview qui avait enchanté mon cerveau embrumé d’adoléchant, Fromage de chèvre cocaïné déclarait : « la musique, c’est facile. Suffit de prendre un bête rythme et d’y ajouter quelques sons ». Ou un truc dans le genre. Me souviens pas trop. Me rappelle juste qu’à l’époque, je reniflais la grosse couille derrière les apparences de Monsieur la-guerre-c-est-pas-bien.

Et sa musique, c’est ça.

Toujours le même rythme, les mêmes paroles confuses qui mélangent vieux romantisme de gare abandonnée, Max Havelaar et bandonéon mou. A l’image de Stromae, qui fait vomir mes oreilles chaque jour qu’Internet fait, Manu Chao nous sert une soupe pleine de restes. A son écoute, on se sent citoyen du monde, les pieds dans le Gange, les mains récoltant du féca dans le Honduras.

La tête pleine d’éco-chèques, on affronte l’oppression capitaliste. Manu Chat-bite, c’est de la rébellion. Il nous parle de ces pays exotiquement pauvres et nous fait miroiter des rivages miséreux. Est-ce l’Angola, le Mozambique, la Sibérie, Bonoland, le Pérou ou l’Ethiopie ? Après tout, on s’en fout, on supporte la planète entière. Au diable, la précision géographique.

Ou, devrais-je dire, la précision tout court. Car MC place le mot démocratie dans sa parodie de ska-cumbia-post-krautrock à la flûte de pan dans ta gueule. Il nous balance une revendication humaniste comme quoi, il y aurait trop d’hypocrisie dans le conflit israélo-palestinien.

Mais…

Comment peut-il parler de démocratie alors que ses tubes ont monopolisé les vagues hertziennes pendant de trop longues années ?

manu escroc

 

Note à l’intention des « pourquoi tu critiques ? t’as qu’à changer de chaîne si t’aimes pas… » :

1-      Je pourrais te répondre la même chose vis-à-vis de ma critique.

2-      On pourrait aussi tous rester en méditation en attendant la mort.

3-      La critique est un exercice de style et une arme redoutable qui s’aiguise chaque fois plus au four et à mesoure qu’on la pratique.

4-      Manu Chao se fout vraiment de la gueule du monde.

5-      Je l’ai écouté et adoré pendant de nombreuses années. A l’image des anciens fumeurs, je deviens chiant.

6-      En tant que juif-autiste, je peux dire ce que je veux.

7-      Cette note est tellement longue que je pourrais en faire un post de blog.

8-      Si j’avais le portefeuille de Manu Chao, j’irais en vacances au moins jusqu’au Congo.

9-      Tous les moyens sont bons pour lutter contre l’industrie musicale.

 

 

Written by gringoteq

avril 20th, 2014 at 5:12