Moi et Ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for mars, 2015

Bruxelles : un anthropologue découvre une tribu qui lit le Gorafi au 1er degré

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@Rebbeca Black

 

Trop occupés à faire des selfies, les membres de cette tribu ne lisent jamais. La première fois que l’un d’entre eux a lu un article du Gorafi, il s’est exclamé : « trash, c’est trop ouf ! ».

Lunettes de soleil vissées sur le nez, Anabelle fait une moue coquine et se photographie en riant. Puis elle râle. « Tain, chuis trop belle. Ça va pas le faire. Mes copines vont croire que j’ai posé. » Tony la rassure : « Ce sont toutes des jalouses ». Légèrement en retrait, l’anthropologue G. prend des notes pour sa thèse  « Les nouveaux coupés du monde ».

« Un jour, explique G.,  je leur ai montré l’article du Gorafi sur Léa Salamé [Léa Salamé agacée par l’air prétentieux et hautain de la personne dans le reflet du miroir de sa salle de bain, ndlr]. Lasse, Annabelle m’a répondu que c’était bête de faire un article là-dessus parce qu’elle, ça lui arrive tout le temps d’avoir des gens qu’elle n’aime pas sur ses photos. Tony lui a alors expliqué qu’elle était bête parce que le reflet qu’elle voyait, ben c’était le sien. A cet instant, j’ai réalisé qu’il existait encore des tribus protégées de la civilisation…enfin, d’une certaine civilisation. »

Nichée entre les collines d’Uccle, Boisfort et Waterloo, la tribu Go-yaqui est un rare microcosme urbain dont les membres sont totalement préservés de leur environnement. Absolument focalisés sur eux-mêmes, ils sont indifférents aux mondes qui les entourent. Ils ne lisent jamais de journaux, allument la télé uniquement pour se prosterner devant leurs dieux en mini-jupes et costard, font des selfies toutes la journée et comparent perpétuellement le nombre de likes qui ornent leurs photos.

Pour eux, le Gorafi, le Figaro, l’Asahi Shimbun ou O Globo sont des mots inconnus. Remplis de textes et de photos sans intérêts, ces journaux n’ont jamais attiré leur attention. Entre la fausse information et l’info officielle, les Go-yaqui ne voient aucune différence car la seule actualité comptant vraiment pour eux consiste à savoir si leurs semblables étaient au Chalet Robinson ou aux Jeux d’Hiver.

Forcément, quand on leur montre un article du Gorafi ou de Nordpresse, ils ne comprennent pas que c’est de l’humour et s’emportent. Ces rares instants sont toujours l’occasion pour leurs voisins du monde réel de leur donner une bonne leçon. Ces derniers prennent un plaisir hautain pour leur expliquer que Gorafi est l’anagramme de Figaro et que leurs articles sont faux.

« Il est important de les préserver, s’inquiète G. Je tire la sonnette d’alarme. Il ne faut absolument pas leur expliquer que le Gorafi est un journal parodique. De nos jours, c’est si rare de trouver quelqu’un qui ne connaît ou ne comprends pas le concept de l’information pastiche. Au rythme actuel de la planète, ce sera de pire en pire. Bientôt, il n’y en aura plus. »

Derrière ce cri alarmiste, se cache le paternalisme de l’homme instruit qui jalouse l’insouciance des nouveaux coupés du monde. Mais qui surtout aimerait pouvoir continuer à se moquer des cons.

Written by gringoteq

mars 11th, 2015 at 5:10

Posted in Mauvaise foi

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