Moi et Ma Pomme

Déboires d'un obsédé textuel

Archive for the ‘Santé mentale’ Category

Essai sur la vie vide

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Théorie : On aura de plus en plus besoin d’ acteurs.

Collé à nos smart phones, on n’écoute plus ce que raconte notre interlocuteur. Le Web est beaucoup plus intéressant. Plus sensationnel. Toutes les entreprises du monde entier œuvrent à cette hypnotisme constant. Nous devons être captivés par l’image qu’elles nous communiquent. Rester le plus longtemps possible dans leur environnement afin de craquer et finir par acheter leur produit.

Pour cela, les techniques sont simples. On vous fait miroiter votre vie idéale. Mieux que ça. On vous convainc que la vie idéale est celle dans laquelle vous vivez avec l’objet qui vous a hypnotisé. Rien de nouveau jusqu’à présent. C’est le principe de la publicité. Un monde sublime qui rendra perpétuellement votre vie minable et vous transforme progressivement en un éternel insatisfait.

Pourquoi indiquer la destination du train quand on peut y mettre une pub ?

Pourquoi indiquer la destination du train quand on peut y mettre une pub ?

Seulement, dans la préhistoire des années 2000, les pubs se cantonnaient à quelques supports bien repérables : une affiche, la télé, des flyers, la radio, des produits dérivés, des encarts dans les journaux …

Aujourd’hui, la pub est omniprésente dans nos smartphones, cette extension de notre cerveau. Parfois sous une forme totalement assumée, moche avec le prix de l’objet ou du service affiché. Mais souvent, elle se présente sous une forme bien plus pernicieuse. Elle se cache dans des liens, sponsorise un youtubeur ou s’insère dans un article d’actualité. Quelques fois, le jeu auquel vous êtes en train de jouer appartient à l’univers d’une marque. En se glissant doucement dans tous ces canaux de pensée, la pub les modèle à son image: rêvée, utopique, belle et sans aspérités.

Propagande feel-good : même le mobilier ressemble à des smartphones

Propagande feel-good : même le mobilier ressemble à des smartphones

Face à ces flots de beauté, notre vie nous paraît crade, pleine d’imperfections, d’échecs et de gens moches. On ne danse pas aussi bien que dans les flash mob, on ne s’exprime pas aussi bien que ces youtubeurs et surtout, on est loin d’être aussi drôle et cool qu’eux.

Comble du bordel de merde, nos interlocuteurs foutent le malaise quand ils nous racontent les petits problèmes de leur existence. Le contenu de notre smartphone est tellement plus intéressant et moins chiant.

Bien sûr, à la base, on n’est pas con. On sait tous que la pub et les films ne sont pas la réalité. Mais quand ceux-ci sont omniprésents, au point de nous accompagner jusque dans nos lits pour mieux façonner nos rêves, on finit par oublier qu’il ne sont pas la réalité. Ils ont beau ne pas être notre réalité, ils occupent une énorme part de celle-ci.

Pour que cette structure de rêve persiste, il faut des acteurs. Des individus qui œuvrent à l’édification de ce monde virtuel unifié, situé entre 1984 et Le meilleur des mondes. Un univers tellement surveillé qu’il ne nous reste plus qu’à être heureux selon les canons de la pub et devenir des acteurs dont la scène est le net, avec ses réseaux d’images et ses bastions de convictions.

Le métier à plein-temps de cet homme ? Filmer sa vie avec son smartphone.

 

Puisque la vie sur le net est plus intéressante que celle situé au delà du smartphone, il faut la sublimer. Afin qu’elle soit chaque fois plus captivante et qu’il n’y ait plus qu’elle qui compte. Chaque instant n’existe qu’en prévision du Hashtag que l’on pourra y accoler. Et progressivement, la vie devient sa propre publicité et nous, les comédiens qui lui donnent consistance. Comme il est impossible de vendre un produit avec de l’agressivité, le discours motivé par des impératifs financiers sera toujours lisse, jamais dérangeant. Par osmose, le nôtre non plus. Et ainsi, se créé la pensée unique.

Avec l’automatisation de tous les services du quotidien, les humains n’auront bientôt plus besoin de travailler. Pour chaque besoin, une machine existera. Pour encore donner du sens au mot salaire, il faudra donc monétiser de nouveaux concepts jusqu’ici considérés comme abstraits ; la popularité en est un. Pour que celle-ci soit rentable, il faudra travailler son apparence virtuelle pour l’adapter aux lois du marketing existentiel. Ce qui correspond à un travail de mise en scène. Qui requiert des comédiens : nous mêmes.

Dans le futur, on ne vivra plus que dans le monde parfait de nos smartphones où la réalité sera subliminale. Voilà pourquoi on aura de plus en plus besoin d’acteurs.

Envoyé depuis mon smartphone

Written by gringoteq

juillet 31st, 2015 at 1:16

Transit, l’histoire d’un docu

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Avec Noel et toutes ses psychoses, j’avais presque oublié avoir participé au tournage de Transit. Réalisé par des pros d’une rare sensibilité, ce court documentaire de 3’15 est destiné à Infracourts, un concours lancé par la chaîne de télévision France 2. Les participants inscrits au concours avaient 3 mois pour réaliser une capsule de 3’15 sur le sujet de leur choix. La seule contrainte était de correspondre au mot d’ordre : « Qu’est-ce qu’on attend ? ».


TRANSIT par cyrilmosse

 

Lorsqu’on a appris l’existence du concours, deux des 3 mois s’étaient déjà écoulés. Le temps qu’on se réunisse, qu’on décide d’un sujet, qu’on se bastonne un peu la gueule et qu’on se dise qu’on est les meilleurs du monde, il ne nous restait plus que 3 semaines pour tout faire. Entre-temps, nous avions évoqué les jardins suspendus, les manifs, les indignés, les personnes souffrant d’Alzheimer, le porno, les tartes au boudin qui risquent de disparaître… notre choix s’est finalement arrêté aux personnes âgées en maisons de retraite.

En réfléchissant rapidement à la condition des êtres en fin de vie, la première question qui saute aux yeux est : « qu’est-ce qu’on attend pour mourir ? ». Question trash et dérangeante s’accordant toutefois à raison aux images qu’on se fait d’une maison de retraite. Cette interrogation évoque l’abandon, l’au revoir, la fin, l’oubli…bref, le dico regorge de mots plus explicites les uns que les autres.

Le sujet était posé, restait tout à faire. Que dire ? Que montrer ? Quelle scène issue d’un tel quotidien serait à même de représenter notre propos ? Impossible de le savoir sans observer au préalable nos futurs protagonistes. La porte du home les Etangs d’Ixelles nous étant ouverte, nous avons décidé d’y poser nos culs grassouillets d’artistes sans le sou.

©Amelie Landry

Une maison de retraite renferme une vie intense et complexe, rythmée par les oublis et les prises de médicaments. Entre les nuages de souvenirs et les discours nostalgiques, on s’est aperçu que l’attente est plus que présente dans ces lieux. Mais pas forcément celle de la mort. Cette attente est omniprésente et flotte comme une ombre passive, à laquelle on ne porte qu’une attention modeste. L’attente réelle est celle que quelque chose se passe, que quelque chose viennent modifier ce quotidien répétitif du lever-médoc-télé-bouffer-dormir.

Cette attente terrible s’est posé en reflet décoloré de nos propres vies. Oui, dans quelques années, c’est nous qui serons vieux et nous commémorerons nos années techno, celles où l’on se trémoussait au Tommorowland devant les yeux curieux d’adolescentes extatiques. Et on évoquera notre jeunesse avec des yeux tendres et nostalgiques, tournant ces images en boucle pour essayer de solidifier notre mémoire.

La vieillesse peut-être effrayante dans une culture essentiellement jeuniste. Mais lorsqu’on s’attarde  un peu du côté des aïeux, on découvre un monde étrange et télescopique. La notion de temps y prend une apparence toute singulière. Nous avons eu la chance d’être invité dans les chambres des pensionnairespour y surprendre un univers qui loin d’être intimiste et réservé, ne demande qu’à être visité.

©Amelie Landry

 

Avant nos premières observations, nous avions peur d’être grossier, de venir bouleverser des personnes ne demandant qu’un peu de paix. Durant le tournage, on s’est aperçu que notre présence leur était agréable. Ecouter, filmer, enregistrer, interviewer… tous ces processus placent le sujet au centre de l’attention et redonnent une importance à des souvenirs en passe d’être effacés.

Quand les résidents nous ont remerciés en nous embrassant, les larmes aux yeux, on a réalisé qu’on ne pouvait s’arrêter à un court-métrage.

Si nous trouvons les fonds, le temps et le courage nécessaire, nous retournerons régulièrement dans ce home pour tourner un documentaire un peu plus long.

En attendant, votez pour nous : http://www.dailymotion.com/contest/infracourts/videos#video=x17vef2

©Amelie Landry

©Amelie Landry

 

 Mise à jour: Cette vidéo a été réalisé dans le cadre du concours Infracourts, lancé par France 2. Il est possible de voter pour cette vidéo en suivant ce lien, ici, ici, ici toujours… Une fois sur la vidéo, il vous suffit de cliquer sur le V en haut à gauche de la vidéo. Cimer, keur keur et bonne année.

 

 

 

 

 

Written by gringoteq

décembre 28th, 2013 at 1:17